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La relation qui existe entre les Juifs et les Musulmans a, tout au long de l’histoire, été très mouvementée. Souvent conflictuels, ils arrivaient néanmoins à créer quelques échanges, voire à s’influencer sur plusieurs niveaux. Aujourd’hui encore la relation entre les deux peuples apparait souvent sur le devant de la scène géopolitique. C’est pour cela qu’il m’a semblait intéressant de retourner vers le début de l’histoire des musulmans, avec celle de Mohammad, et me pencher sur sa relation avec le peuple juif, qui aurait pu être fusionnelle, mais qui semble avoir engendré une rupture entre les deux religions.
Il est aussi très important de souligner à quel point il est difficile de prouver la véracité de ces évènements vu qu’il n’existe aucune preuve pour confirmer ces récits. Les musulmans ont compilé un bon nombre de biographies relatant la vie de Mohammad, mais on ne peut uniquement se baser sur ces récits pour retracer son histoire. D’autres sources sont nécessaires pour les compléter, comme l’exégèse du texte coranique ou des collections de poèmes datant de cette période. Aussi toutes ces biographies sont racontées ou écrites depuis la perspective des musulmans, et donc irrémédiablement biaisées.

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La vie de Mohammad a aussi dès le début été teintée de conflits entre différentes tribus et chaque récit est rapporté (oralement) par une personne qui n’était pas impartiale, puisqu’elle prenait part aux nombreux conflits. Certaines version ont été conservées, d’autres ont été abandonnées, mais rien ne peut nous prouver que ce qui est d’usage aujourd’hui est juste. Les spécialistes ne peuvent faire plus que supposer, deviner, essayer de comprendre le contexte, analyser les textes et combler les manque du mieux qu’ils le peuvent sans pour autant en avoir la certitude.
Ainsi, la plupart des sources qui retrace la Hijra (622) sont retracées jusqu’à des Anṣâr, des médinois qui ont aidé Mohammad lors de sa venue à Médine. On peut donc se douter du fait qu’elles soient biaisées.
Mon but ici n’est pas non plus de déceler le vrai du faux, mais d’essayer, avec les informations dont je dispose, de comprendre ce conflit qui aurait eu de conséquences importantes et qui aura modifié de nombreux aspect de la religion musulmane. C’est aussi une partie de la Sira qu’on aime parfois taire, surtout au sein de la communauté musulmane, et qui fait débat, mais c’est ce qui la rend d’autant plus intrigante.

Médine avant l’Hégire.

Cela ne fait aucun doute qu’il existait des tribus juives à Médine, anciennement appelée Yathrib, à l’arrivée de Mohammad, mais on ne sait pas quand et comment elles se sont retrouvées là. On n’est même pas sûr qu’elles aient été de souche hébraïques, mais l’histoire traditionnelle nous fait part de trois principales tribus juives à Médine : les Banu an-Nadir, les Banu Qaynuqa’ et les Banu Qurayza. Il existe un quatrième clan : les Banu Tha’labah, qui doit être compté parmi les clans juifs, car c’est ainsi qu’on le définit dans la constitution de Médine, mais on le dit d’origine arabe. Les sources disent que seules les trois premières tribus étaient juives de souche, mais cette image est bien évidemment simplifiée. As-Samhûdi présente, à côté de cela, une liste de près d’une douzaine de clans juifs, sans doute de moins grande importance politique.

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Les Banu Qaynuqa’ ne faisaient pas d’agriculture et n’étaient pas les plus puissants. Ils habitaient un village dense où ils exerçaient des métiers d’artisans, notamment celui d’orfèvre. Les deux autres tribus possédaient les terres les plus riches de l’oasis qu’ils consacraient à la culture de palmiers et étaient aussi connues pour leur commerce de textiles et d’armes. C’était aussi le cas des Juifs de Khaybar, oasis qui se situait à un peu après 150km de Médine. Ils étaient des pionniers de l’agriculture.  Il n’y avait parmi les Juifs de Médine qu’une unité précaire. Tous étaient alliés, sous différentes formes, à des clans arabes. Mais cette alliance n’entrainait aucune dépendance. Il est important de préciser que la situation politique des Juifs à Médine est souvent mal interprétée à cause d’une déformation qui a induit en erreur beaucoup d’islamologues. On lisait, dans la forme erronée, que les Juifs étaient les clients des Arabes, alors qu’il était pourtant stipulé qu’ils étaient alliés.

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Les tribus arabes des el-Aws et les Khazradj avaient toute deux des origines yéménite. Cela n’empêcha pas les deux tribus, ayant fini par acquérir du pouvoir à Médine, de se lancer dans une interminable guerre. Lorsqu’elles arrivèrent à Médine, la région devait être sous domination juive. Les Arabes étaient sous la protection des Juifs, soit au titre de « voisins », soit à celui de confédérés. La ligne de démarcation entre Arabe et Juifs était très floue et les deux se mariaient sans doute entre eux. Il est même possible que certains Arabes se convertissaient au Judaïsme et que leur clan se disait juif et non arabe.
Il n’existe aucune preuve qui puisse attester de la reprise du pouvoir par les Arabes dans la ville de Médine. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que les deux tribus arabes ont pu s’émanciper de cette tutelle juive et acquérir une certaine puissance. Puissance qui leur offrait la « liberté » de se faire la guerre. Certains chroniqueurs pensaient que les tribus juives se faisaient un malin plaisir d’alimenter ce conflit, d’autres y retrouve simplement le schéma classique des guerres fratricide qu’on identifiait dans cette région à cette période de l’histoire. La bataille de Buath, quelques années avant l’Hégire en 622, avait créé une trêve temporaire entre les deux tribus arabes, mais les Juifs et les Arabes vivaient dans une incertitude quant à la durée de celle-ci.16 Les conflits, ayant sévi depuis déjà bien trop longtemps, avaient fini par créer une insécurité générale et un manque d’autorité centrale. La situation politique de Médine n’était donc pas la même que celle de la Mecque où n’y avait qu’une seule tribu qui tenait les rênes, les Quraysh, tribu Mecquoise à laquelle Mohammad appartenait.

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De son coté, Mohammad avait fini par comprendre que son conflit avec les Quraysh allait lui couter la vie et qu’il ne pourrait rester plus longtemps à la Mecque, il a donc assez tôt cherché à établir un lien avec les tribus arabes de Médine. Il n’avait au début pas réussi à créer un contact avec les médinois, mais en 620 il rencontra un groupe de six hommes de la tribu des Khazradj lors du pèlerinage à al-‘Aqaba qui écoutèrent ses prédications. La raison de cette soudaine attention, d’après Ibn Ishâq, était qu’il y avait à Médine un groupe de Juifs qui annonçait, lors d’une lutte avec les Arabes, la venue d’un prophète qui les aiderait à se défendre et à les vaincre. Voulant les devancer, les Arabes ont cru bon de prendre les devants et le reconnaitre en premier.
Mohammed a finalement eu le support des Khazradj qui lui ont donné l’autorisation de venir s’installer dans la ville, mais il n’a pas pu prendre le contrôle de Médine aussi facilement que beaucoup le pensent. Il y avait, certes, l’opposition juive qui l’en empêchait, mais il existait aussi une certaine opposition des chefs de tribus arabes locaux. Néanmoins, le manque de cohésion interne au sein des tribus arabes, lui laissait une marge de manoeuvre. De la même manière, des conflits régnaient au sein des tribus juives, surtout entre les an-Nadir et les Qurayza. D’ailleurs il est parfois émis que le succès des négociations entre Mohammad et les deux tribus arabes était une preuve de l’incapacité des Juifs de Médine a encore jouer un rôle important dans la politique de la ville, qu’il s’agissait d’une faiblesse de leur part de contrôler leur « destinée ».

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On pourrait aussi douter du fait que Mohammad ait eu le pouvoir nécessaire pour combler ce manque d’autorité centrale dans une ville qui ne lui était pas connue car il n’était pas assez puissant et ne faisait pas partie des marchands les plus riches de la région. Mais il possédait une certaine autorité et des partisans en nombre. Il avait donc certaines clés en mains pour jouer un rôle décisif dans la réunification des tribus arabes à Médine. Aussi, pour des spécialistes comme William Muir il n’y avait aucun doute sur la facilité qu’aurait eu Mohammad à faire passer son message. Médine était bien mieux préparée à entendre son message vu qu’il y avait eu une grande influence du Judaïsme et du Christianisme.
Il lui aura quand même fallu quelques années avant de vraiment prendre le dessus sur les tribus arabes et juives à Médine, même s’il est difficile de parler d’une réelle prise de contrôle dans une société qui restait tribale. S’il a réussi à faire cela c’est parce qu’il est parvenu à neutraliser le système politique et social et ce pour une période assez longue. La constitution de Médine, qui sera abordée plus loin, a été l’avancée majeure, voire l’élément clé, de cette prise de pouvoir.

Premier contact avec les Juifs de Médine

Il n’y a aucune mention d’une négociation directe entre Mohammad et les Juifs de Médine avant l’Hégire. Mohammad partait du principe que c’était une chose naturelle pour les Juifs d’accepter sa nouvelle « révélation » et qu’ils verraient en lui un prophète. Il est donc fort probable que Mohammad a eu, peu de temps avant et peu de temps après l’Hégire, tendance à modeler sa religion à celle des Juifs et a encouragé les médinois à conserver les pratiques juives qu’ils avaient adoptées.
La prière se serait, par exemple, dirigée vers Jérusalem et le jour de la Propitiation des Juifs, la ‘Achoura, aurait également été jour de fête pour les Musulmans. Sans doute que les versets du Coran qui permettaient aux Musulmans de manger la même nourriture que le Peuple du Livre et de prendre femmes chez eux, partait du même objectif de vouloir composer avec les Juifs. Par contre, en ce qui concerne le repas, Mohammad n’allait pas jusqu’à suivre l’ensemble des rites juifs. Il se contentera de suivre les mêmes règles que les premiers chrétiens et que les rabbins exigeait des étrangers qui souhaiter cohabiter avec le peuple d’Israël. Mohammad aurait aussi demandé à ses compagnons d’organiser des réunions et de prier ensemble le vendredi, jour où les juifs se préparaient pour le sabbat, ce qui aurait été une façon de participer aux préparations du vendredi.

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Il y a bien évidemment beaucoup de discussions autour des concessions que le prophète aurait faites pour s’attirer l’intérêt des juifs. Pour ce qui est de l’orientation de la prière, la qibla, il est souvent dit qu’elle était effectivement tournée vers Jérusalem pour les Musulmans de Médine, mais rien ne nous dit que c’était bien le cas pour les Musulmans à la Mecque. Il est tout aussi possible qu’ils aient eu une autre qibla avant cela ou qu’ils n’en avaient tout simplement aucune. Il n’est pas sûr non plus que la décision de prier face à Jérusalem aurait été une manière d’imiter les Juifs. Ce qui semble le plus vraisemblable, pour certains spécialistes, c’est que Mohammad a choisi Jérusalem en imitant les Musulmans de Médine.
Les versets qui se rapportent à un changement de qibla semblent aussi avoir des différences de composition et ont pu être écrits à des époques différentes. Richard Bell écrit, dans sa traduction du coran, qu’il y a peut-être eu un intervalle entre l’abandon de Jérusalem comme qibla et l’adoption de la Mecque. Il est d’ailleurs possible qu’il y a eu une période de flottement. Certaines anecdotes racontent que certains Juifs se moquaient d’ailleurs des Musulmans parce qu’ils ne savaient pas ou se tourner pour prier. Les Musulmans ont aussi pu être divisés entre eux sur le sujet.
Il est plus difficile d’essayer d’expliquer le jeûne de la ‘Achoura. Peut-être que c’était aussi une manière d’imiter les Médinois, s’ils jeûnaient déjà ce jour-là. Aussi, quand celui-ci a été remplacé par le mois du Ramadan, il n’a pas été interdit de jeûner pendant l’‘Achoura, cela cessa tout simplement d’être fait.
Quoi qu’il en soit, à ce moment-là, Mohammad était prêt à aller très loin dans ses concessions, jusqu’à presque abandonner sa revendication prophétique pour convaincre les Juifs à s’allier à sa cause.  Ce qui montre à quel point une alliance avec le peuple juif était importante pour lui.

La constitution de Médine

Le but de Mohammad était de créer une nouvelle communauté autour de son nouveau message religieux et les Juifs auraient, on l’a vu, dû en faire partie.
Il aurait alors, dans cette optique-là, conclu un accord avec les « Hommes de Médine », (Sahifat al-Madinah), appelée la constitution de Médine, qui aurait fourni une base légale à sa Umma. Les Juifs auraient bénéficié, dans ce cadre, d’une garantie de sécurité pour les différentes tribus et de leurs possessions. Ce texte stipulerait aussi qu’en cas de guerre, tous devront contribuer aux côtés des Musulmans. Les Juifs gardaient leur religion, les Musulmans la leur. Il y est dit que chaque clan ou tribu est responsables de ses dépenses et s’engage à aider les autres en cas d’attaque. L’obligation de payer le prix du sang est imposée à tous les signataires et tous les conflits internes devront être portés devant Mohammad, qui était l’arbitre, mais aussi le chef de guerre.
Il est intéressant de constater que l’aspect religieux est gardé en dehors de cet accord. Il est donc clair que le seul but de ce texte est d’organiser la communauté. Il ne s’agit ici que de la création d’une paix entre groupes.

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L’effet qu’aurait eu ce texte sur la société semble très intéressant. En effet, celle-ci était tribale et les liens qui unissaient les tribus étaient prioritaires. Cet accord lui divise la société entre ceux qui suivaient Mohammad et les autres, pouvant aller jusqu’à diviser certaines familles. Il était demandé à chaque nouveau musulman (peut importante son origine) de donner une plus grande importance à la communauté musulmane qu’à sa tribu et le converti devenait ainsi un danger pour le chef de sa tribu. Inutile d’ajouter qu’elle ne mettait pas tout le monde d’accord et qu’au moment où l’accord aurait été conclu, une grande part de la société médinoise, juive et arabe, n’a sans doute pas eu voix au chapitre.
En règle générale on affirme que ce document est authentique, mais certains spécialistes émettent quelques doutes, surtout sur le contenu. Tout d’abord, on ne retrouve ce document que dans la Sira d’Ibn Ishâq. Moshe Gil fait aussi savoir qu’Ibn Ishâq ne fait aucune correction ou interpolation en rapport avec le contenu et que le rôle de Mohammad semble y être relativement mineur. Il faut rajouter que les tribus Banu an-Nadir, les Banu Qaynuqa’ et les Banu Qurayza ne s’y trouvent pas mentionnées alors que la tradition musulmane nous dit que Mohammad aurait conclu un accord avec l’ensemble des Juifs de Médine. Plusieurs hypothèses sont formulées pour expliquer cette absence. Par exemple, il est possible que ces tribus aient pu en être retirées une fois évincées de la scène politique de Médine, comme il est possible qu’elles n’aient tout simplement jamais fait partie de l’accord à Médine. Wellhausen écrit qu’il est aussi possible que les trois tribus étaient présentes dans ce document, mais qu’elles étaient reprises sous la forme de plus petites tribus juives et qu’elles étaient subordonnées aux tribus arabes dont elles étaient devenues dépendantes. Watt, lui, pense que la constitution n’a été rédigée qu’après l’élimination des Banu Qurayza en 627. D’autres disent que Mohammad avait tout simplement conclu d’autres accords avec les Juifs, non repris dans le document d’Ibn Ishâq.

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Il est difficile de dater avec exactitude la date à laquelle cette constitution a été conclue. Wellhausen, suivi par Andrae, pensent qu’il a été fait avant la bataille de Badr (624). Grimme lui insiste sur le fait que Mohammad n’aurait pas pu imposer un tel accord sans la confiance et le pouvoir que la victoire de Badr lui avait procuré. Hâmidullah se positionne entre les deux hypothèses et pense qu’il s’agirait en fait de deux accords, l’un fait avant et l’autre après la victoire de Badr.On voit donc que ce texte puisse poser quelques problèmes qui sont, aujourd’hui encore, débattus parmi les experts.
La rupture avec les Juifs de Médine
Les relations entre Juifs et Musulmans sont un moment resté cordiales, une petite minorité de Juifs le reconnaitront même en tant que prophète et se convertiront à l’Islam, mais les autres s’opposaient de plus en plus à ses idées. Ils avaient remarqué qu’il s’écartait des coutumes juives et surtout que sa connaissance des Livres Saints était sommaire. Il existait pour eux beaucoup trop d’incohérences et d’erreurs dans ses dires pour qu’ils puissent y adhérer, ce qu’ils se faisaient un plaisir de le souligner avec beaucoup d’ironie.  Accepter le message de Mohammad serait pour eux abandonner le Judaïsme, ce qui était inacceptable. La motivation de cette hostilité était bien plus politique que religieuse vu que la réussite du plan de Mohammad signifiait pour les Juifs la perte de tout espoir de retrouver la domination qu’ils avaient naguère sur les Arabes.
Beaucoup d’écrits datés à la période à Médine montrent à quel point Mohammad aurait essayé de contredire les Juifs, sans forcément y arriver. Beaucoup d’arguments semblent aussi être empruntés du Christianisme. Mohammad accusait, par exemple, alors les Juifs d’avoir falsifié les écrits et affirmait que les lois de purification des Juifs étaient une punition imposée par Dieu.
Les Juifs et Chrétiens se refusaient, à l’époque, réciproquement un droit exclusif dont chacun prétendait disposer. Ce refus de reconnaissance n’était donc pas nouveau dans l’histoire du peuple juif. Vu que les deux religions revendiquaient la même chose il était logique qu’ils ne puissent être tous les deux justes. Les Musulmans ne se sont pas gêné de le faire remarquer et de souligner à quel point leur religion était plus ouverte et qu’elle acceptait, par exemple, l’ensemble des prophètes venus antérieurement. Cette dissension constituait donc l’atout maitre des Musulmans pour délégitimer les Juifs.

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Mohammad comprit donc que les Juifs finiraient par devenir une épine dans son pied car ils mettaient en péril sa légitimité, il fera assez vite machine arrière en émancipant la religion musulmane de la leur. Il décida, après quelques hésitations, d’une nouvelle qibla qui sera la Ka’ba à la Mecque.  Le choix de la Ka’ba comme qibla avait une plus grande signification qu’une simple rupture avec les Juifs de Médine. Cette décision prépara l’avenir de l’expansion de l’Islam. Il affirmait, avec cette décision, la valeur du lieu où il a, commencé à prêcher la nouvelle religion et qui attirait déjà avant l’islam, toutes les tribus du Hedjaz. L’expansion de l’Islam ne se ferait plus vers le Nord, mais vers tous les Arabes.
Ce changement faisait alors de la Ka’ba un lieu saint et la reliait à la religion d’Abraham. Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles Mohammad décida de remonter jusqu’à lui. La première était qu’Abraham était reconnu et honoré par les Juifs comme par les Chrétiens, bien qu’il n’était ni juif ni chrétien. Mais surtout, Abraham était le père des Juifs, mais aussi des Arabes, il était donc parfait pour servir de modèle pour la nouvelle religion arabe. Déjà avant l’Hérige, Mohammad semblait le reconnaitre en tant que tel et l’unir au temple de la Mecque. Il obtiendra de ce fait une autorité que les objections des Juifs ne pourront attaquer.

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Mohammad semblait aussi devoir surmonter une autre difficulté, celle de nourrir ses troupes. Les nouveaux arrivants vivaient les premières années à Médine avec beaucoup de difficultés et il fallait trouver des moyens de subsistance. La façon la plus simple de se les procurer était le brigandage, qui était resté, pour beaucoup de Bédouins, une source « naturelle » de profits. Ils ont donc procédé au pillage des caravanes passant à Médine, venant de Syrie ou y allant.
Les premières tentatives, hésitantes, de brigandage ont, semble-il, été un échec. Le premier succès se finira en une « bataille », celle de Badr (624). Il aurait été, selon Muir, difficile, voire impossible pour Mohammad de maintenir sa position à Médine s’il avait perdu cette bataille. Ce coup de chance ne sera donc pas sans conséquences car cette victoire lui offrit les munitions idéologiques nécessaires sur lesquelles se poser, vu qu’il put affirmer avoir obtenu l’assistance divine pour cette victoire. Argument facilité par le nombre supérieur de Qurayshites auxquels ils auraient fait face. Cette « miraculeuse » victoire des Musulmans augmentera aussi sa propre confiance envers sa mission et lui donnera la possibilité d’agir avec plus de fermeté vis-à-vis des Juifs.
Mohammad relancera, après Badr, un appel aux Juifs et cette fois il n’hésitera pas à utiliser les pertes mecquoises pour faire comprendre quel sort il réserverait à ceux qui ne répondraient pas au « message divin », mais les Juifs n’étaient pas plus disposés à l’écouter qu’avant Badr. Quelques temps après ce rappel un juif de la tribu des Banu Qaynuqa’ aurait fait une blague déplacée envers une marchande musulmane en lui épinglant sa jupe de manière à ce qu’elle se retrouve à dénudée quand elle se releva. Un musulman, témoin de l’affaire, tua le jeune juif et les camarades de celui-ci le vengèrent en tuant le musulman. A côté de cette petite anecdote, il semblerait qu’à un certain moment, Mohammad aurait souhaité créer un marché à l’intérieur du marché de la tribu juive, mais que sa tentative aurait été freiné par le chef des Banu an-Nadir, voisine des Qaynuqa’, ce qui rajoute un aspect économique à cette querelle.

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Les Banu Qaynuqa’ semblaient aussi être plus vulnérable que les deux autres tribus juives de Médine, et il y a deux raisons à cela : Ils vivaient tout d’abord au sud de la ville, là où Mohammad s’était établi, alors que les deux autres vivaient à l’Est. Mais l’élément décisif sera la perte de l’alliance qu’ils avaient avec un chef de tribus Khazradj, ‘Ubada ibn al-Samit, qui choisit son alliance avec Mohammad plutôt que celle qu’il avait avec la tribu juive. Certes, ils avaient aussi une alliance avec ‘Abdullah ibn Ubayy, mais celui-ci n’allait en aucun cas les soutenir et aller à l’encontre de ‘Ubada. Cela les laissait dans une situation des plus contraignantes. Ce manque de soutien arabe leur aura finalement couté cher.
Mohammad décida d’assiéger la tribu et les Juifs se rendront après quinze jours de siège. Mohammad avait d’abord l’intention d’en finir avec les Qaynuqa’, mais ‘Abdullah ibn Ubayy, chef des Khazradj, sorti de son habituel détachement et l’en empêcha. Il avait toujours gardé une certaine indépendance, ce qui le rendait puissant et dangereux et n’était donc pas une bonne chose que de le contrarier. Mohammad l’écouta et la tribu juive ne sera pas exécutée, mais elle aura trois jours pour quitter la ville. Les textes disent qu’elle se serait exilée dans la colonie juive de Wadi al-Qurâ et qu’ils partirent après un mois vers la Syrie.

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Cette expulsion aura surtout eu un effet positif sur la situation économique des Musulmans. En effet, en plus d’avoir offert quelques biens matériels aux Emigrés,  elle aura ouvert de nouveaux horizons pour le commerce de Mohammad. Il essayera en effet de détourner le commerce Mecquois vers Médine. Il conclura des accords avec plusieurs tribus bédouine à cet effet, même si les deux autres tribus juives étaient toujours engagées dans le commerce international.
En ce qui concerne la chronologie de cet évènement, les experts ne semble, encore une fois, ne pas se mettre d’accord. Barakat Ahmad affirme que l’expulsion des Banu Qaynuqa’ n’a eu lieu qu’après la mort de Mohammad. Il se base sur le fait que seul al-Wâqidi en fait état, alors qu’Ibn Ishâq et Ibn Hisham ne le mentionne pas. Il précise aussi que la tradition rapporté par al-Bukhâri et Muslim date cet expulsion à après la mort de Mohammad. Sa thèse est renforcée par les récits qui affirment que les Emigrés ne recevaient des terres qu’après l’expulsion des Banu an-Nadir.
Quoi qu’il en soit, peu de temps après l’éventuel expulsion des Banu Qaynuqa’, il semblerait que Mohammad agissait avec plus de fermeté vis-à-vis des critiques à son encore et qu’on se dirigeait petit à petit vers une escalade de la violence. En effet, plusieurs assassinats ont été commis notamment celui du poète Ka’b ibn al-Ashraf. Il était fils d’un Arabe de la lointaine tribu de Tayyi, mais se comportait comme s’il appartenait au clan de sa mère qui était des an-Nadir. Ka’b s’était rendu, après la bataille de Badr, à la Mecque pour réciter des poèmes satiriques pour, dit-on, inciter les Quraysh à la vengeance. A son retour à Médine, Mohammad demanda aux siens « Qui me délivrera de Ka’b ? » et peu de temps après Mohammad ibn Maslamah et quatre autres rapportèrent la tête du poète aux pieds de Mohammad.

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Il faut savoir que déjà dans l’Arabie de cette époque, la satire politique était une arme particulièrement efficace et pour un homme comme Mohammad, dont le succès dépendait en grande partie de son prestige personnel et de la considération qu’il essayait de gagner, cela pouvait être plus dangereux que la perte d’une bataille. Il en avait bien conscience et il n’hésitera donc pas à museler chaque personne qui contestait ses revendications.
Mais c’est une autre confrontation entre Mohammad et les Quraysh lors de la bataille d’Uhud (625), qui influencera le sort d’une autre tribu juive de Médine, les an-Nadir. Malgré la perte Musulmane lors de cette bataille, le prestige de Mohammad n’en sera pas atteint. Il inversera la situation en sa faveur en affirmant que cet échec était nécessaire pour distinguer les vrais croyants des infidèles et les Juifs étaient bien évidemment visés. Le manque de fonds après ce conflit n’est bien évidemment par un élément à négliger.
Les écrits disent que Mohammad serait allé demander aux an-Nadir de contribuer à la compensation en argent que celui-ci devait payer pour la mort de deux hommes, innocents, tués par un musulman lors de la bataille d’Uhud. Les gens d’an-Nadir se seraient déclaré prêts à rendre une réponse satisfaisante, mais demandaient à Mohammad d’aller attendre dehors le temps d’une concertation. Mohammad se serait adossé à un mur et après un instant serait rentré chez lui. Lorsque ses compagnons le retrouvèrent chez lui, il leur expliqua qu’il avait eu un « avertissement divin » qui disait
que la tribu juive complotait son assassinat.  D’autres affirment qu’il aurait accusé la tribu d’avoir rompu le pacte en refusant de payer l’impôt du sang. Ce refus, même s’il n’a jamais été exprimer, servira alors de prétexte pour se débarrasser des Banu an-Nadir. Une autre raison donné et celle d’une trahison faite par la tribu juive. Abu Sufyân, l’un des chefs de la tribu des Quraysh, aurait été accueilli par Salâm ibn Mishkam, le chef des Banu an-Nadir. Ibn Mishkam lui aurait alors donné des informations essentielles sur les Musulmans à Médine. Mohammad aurait très vite été mis au courant de cette réunion et cela aurait été l’argument décisif pour en finir avec eux.

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Les raisons n’ont donc pas manquées pour attaquer les Banu an-Nadir et Mohammad envoya Mohammad ibn Maslamah vers les an-Nadir avec un ultimatum : ils avaient dix jours pour quitter la ville, mais recevraient toujours une part de la production de leurs palmiers. Les Juifs ont d’abord voulu accepter les exigences de Mohammad, mais il y avait des divisions au sein du groupe. ‘Abdullah ibn Ubayy, chef de la tribu des Khazradj, promettait son soutien au clan juif et cela a en quelque sorte décidé les Juifs a refusé d’obtempérer. Ils furent assiégé de la même manière que les Banu Qaynuqa’ et ont aussi du vider les lieux. Ils ont par contre pu prendre leurs biens et ils partirent vers la petite ville de Khaybar où ils possédaient des terres. Leurs plantations seront partagées entre les Emigrés. Un an après la mort de Ka’b ibn al-Ashraf, c’est donc sa tribu des an-Nadir qui aura été chassée de Médine.
On remarque donc qu’après chaque confrontation avec les Quraysh, une confrontation avec les Juifs de Médine s’ensuit. La troisième tribu ne sera hélas pas une exception à cette règle, bien au contraire. Lors de la troisième bataille avec les Quraysh, celle de la tranchée (627), Mohammad avait remarqué à quel point la présence dans ses murs d’un élément hostile, les Juifs de Banu Qurayza, pouvait être dangereuse. Il se chargea assez vite d’en finir avec eux en leur reprochant un manque de loyauté pendant le siège, car ceux-ci n’y avaient pas participé. Ils auraient aussi négocié avec les Mecquois et les aurait probablement rejoint s’ils n’avaient pas la certitude d’avoir été défendu si Mohammad les attaqua.  Celui-ci les assiégea, peu de temps après la confrontation avec les Qurayshites, et très vite les Qurayza envoyèrent une délégation pour demander de se rendre avec les mêmes conditions que les an-Nadir, mais ça leur a été refusé. Certains membres de la tribu des al-Aws prièrent le prophète de pardonner aux Qurayza, comme il l’avait fait pour les Qaynuqa’ après la demande des Khazradj, ce qui montre qu’il existait chez les al-Aws une tendance à honorer les anciennes alliances conclues.

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Mohammad leur proposera qu’un membre de leur tribu soit désigné juge et qu’il décide du sort des Juifs. Mohammad ne pouvait se mettre cette tribu à dos et il a donc essayé de trouver un arbitrage qui conviendrait à tous. Les al-Aws ont accepté et c’est la personne de Sa’d ibn Mo’adh, blessé lors du siège et mourant.  Un homme perspicace tel que Sa’d aurait sans doute compris que permettre la fidélité tribale de prendre le pas sur la fidélité à l’Islam conduirait à un retour aux luttes fratricide. Il voulait sans doute aussi, à l’approche de sa mort, faire son devoir envers Dieu et rester fidèle à la
communauté islamique, plus qu’aux anciennes alliances.  Il alla donc à l’encontre du souhait de sa tribu et décida de l’exécution de l’ensemble des hommes de la tribu, qu’on estime avoir été entre 400 et 900, et de la vente, en tant qu’esclave, des femmes et des enfants.
D’un point de vue purement politique, la décision d’en finir avec les Qurayza était une décision logique. Les Qurayza étaient une menace permanente à Médine et les laisser partir renforcerait l’opposition juive à Khaybar. Cette opposition était toujours animée d’un sentiment de vengeance vis-à-vis de Mohammad et les Juifs usaient leur richesse pour pousser des tribus arabes à se joindre à eux contre lui.  Mohammad attaquera d’ailleurs cette opposition après être revenu de son pèlerinage où il aurait signé le traité d’al-Hudaybiyah avec les Quraysh (628). Selon certains, y aurait perdu la face parce qu’il aurait fait beaucoup trop de concessions aux Mecquois. C’était une période où un butin à distribuer à ses partisans était plus que nécessaire car leur situation était devenue des plus inconfortables. Lecker penserait aussi que Khaybar et la Mecque avaient une alliance préexistante. Ne rien faire n’était donc pas une option. Rubin lui insiste sur la raison économique car l’oasis de Khaybar aurait été inaffecté par la sécheresse car elle avait de grandes ressources en eau.

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Mohammad décida donc d’agir et l’attaque fut rapidement exécutée. L’effet surprise empêcha les Juifs de se défendre convenablement. Les tribus arabes alliés aux Juifs ne formaient presque tous que de très petits groupes et furent facilement détournés de leur alliance, en partie par crainte des représailles musulmanes, mais aussi grâce à l’habilité diplomatique de Mohammad.  Malgré leur manque d’alliés arabes, les Juifs avaient une confiance exagérée dans leurs positions et négligeaient l’approvisionnement en eau, ce qu’il fait qu’ils n’étaient pas disposés à supporter un siège, même très court. Les Juifs donc perdront la bataille, mais l’histoire dit qu’ils auraient pu rester à Khaybar et cultiver leur terre (ce que les Musulmans n’était pas apte à faire), mais en livrant la moitié de la récolte à ceux qui ont participé à la bataille, qui devenaient propriétaires des terres.

Conclusion

Il est donc évident que la relation entre Mohammad et les Juifs de Médine n’était pas la plus pacifiste, mais ce qui est le plus intéressant dans cette histoire c’est qu’elle n’a pas eu de causes purement religieuses. Il y avait, certes, une discussion des plus envenimées autour de légitimité prophétique de Mohammad, mais les raisons politiques et économiques auront eu une aussi grande influence sur l’issue de cette confrontation. La réputation de Mohammad était aussi en jeu et la perte de cette légitimité aurait eu de grosses conséquences. L’appui des tribus arabes de Médine était pour lui vital et aura sans doute aussi été l’élément le plus décisif dans cette histoire.

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Les conséquences de cette opposition sont aussi très intéressantes. Les choix que Mohammad a faits ont été d’une grande importance pour l’Islam, comme on l’a vu avec le changement de qibla, mais aussi pour la relation entre cette religion et le judaïsme. Les Musulmans auront, stratégiquement et politiquement, beaucoup appris des nombreux sièges qu’ils ont fait subir aux tribus juives. Ces stratégies seront plus tard utilisées dans l’expansion de l’empire islamique, bien après la mort de Mohammad. Le conflit entre Mohammad et les Juifs de Médine aurait donc aussi servi de répétition générale aux combats que les Musulmans auront à mener face aux grands empires voisins.
Il est aussi intéressant de voir que certains aspects de ce conflit se répètent dans l’histoire contemporaine. On mélangeait déjà le politique au religieux, l’aspect économique était aussi sur le devant de la scène et on voit déjà à quel point des poètes pouvaient gêner et taper là où ça fait mal. Le fait de n’avoir finalement que très peu de patience face à une attaque idéologique des Juifs prouve aussi, à quel point cette nouvelle religion n’était alors pas encore au point et que le travail qui va suivre, après la mort de Mohammad, sera colossal.
Cette épisode de la Sira forme le début de cette relation entre Juifs et Musulmans qui sera jusqu’à nos jours très tumultueuse. La politique, la religion et les intérêts économiques auront influencé la relation qu’avaient ces deux peuples d’une manière telle qu’on se retrouve aujourd’hui dans certaines régions sur un point de non-retour. On ne peut bien évidemment pas directement lier la situation aujourd’hui à celle du temps de Mohammad, mais on ne peut nier la rupture religieuse qu’il a engendrée. On peut alors se demander ce qu’aurait été l’image du Moyen-Orient si les évènements s’étaient déroulés autrement.

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Bon comme un citron bien rond !

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