L’Etat islamique a diffusé mardi une vidéo où apparaît James Foley, un journaliste américain enlevé en Syrie en 2012. Sur Twitter, beaucoup appellent à ne pas partager ces images, partie intégrante de la propagande du groupe.

Le journaliste James Foley, à gauche, le 29 septembre 2011 à Sirte en Syrie

Ce sont des images d’une rare violence. Les djihadistes, qui ont perdu du terrain en Irak après des frappes des Etats-Unis, revendiquent la décapitation d’un journaliste américain dans une vidéo diffusée sur Internet mardi soir.
L’Etat islamique (EI) y montre un homme masqué et habillé de noir qui semble couper la gorge de James Foley, un journaliste américain qui avait été enlevé par des hommes armés en novembre 2012 en Syrie.

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« Nous n’avons jamais été aussi fiers de notre fils Jim », a réagi sa mère, Diane Foley, dans un message sur Facebook. « Il a donné sa vie en essayant de montrer au monde les souffrances du peuple syrien. » « Nous implorons les ravisseurs d’épargner la vie des autres otages. Comme Jim, ils sont innocents. Ils n’ont aucun pouvoir sur la politique du gouvernement américain en Irak, en Syrie ou ailleurs dans le monde », a-t-elle ajouté.

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Un deuxième journaliste apparaît sur la vidéo

« Nous avons vu une vidéo qui prétend montrer le meurtre du citoyen américain James Foley par l’EI. Si elle est authentique, nous sommes horrifiés par le meurtre brutal d’un journaliste américain innocent et exprimons nos sincères condoléances à sa famille et ses amis », a indiqué Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale dans un communiqué. Les services américains vont chercher à vérifier l’authenticité des images.

Dans cette vidéo, les djihadistes montrent aussi un autre journaliste américain identifié comme étant Steven Sotloff. Ils menacent de l’exécuter à son tour si le président américain Barack Obama ne met pas fin aux frappes aériennes américaines en Irak. Les deux journalistes sont vêtus d’une tenue orange, qui rappelle celle des prisonniers de Guantanamo.

Sur Twitter, nombreux sont ceux qui appellent ce mercredi à ne pas regarder ni partager la vidéo sur les réseaux sociaux pour respecter la mémoire de James Foley. Selon eux, reprendre les vidéos des djihadistes, cela à jouer le jeu de l’Etat islamique. Ils s’expriment notamment sous le hashtag #ISISmediaBlackOut.

>> Lire aussi: que penser du sondage selon lequel 15% des Français soutiennent l’Etat islamique?

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Un journaliste « courageux, indépendant et impartial »

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Foley, qui à 40 ans était un reporter expérimenté, avait notamment couvert le conflit en Libye avant de se rendre en Syrie, où il a couvert le soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad pour le site d’informations américain GlobalPost, l’Agence France-Presse et d’autres médias.

« Au nom de John et Diane Foley, et aussi de GlobalPost, nous sommes très touchés par les messages de sympathie et de soutien dont nous sommes inondés depuis que la possible exécution de James a été rendue publique », écrit le PDG de GlobalPost, Philip Balboni.

« Nous sommes horrifiés par la diffusion de cette vidéo — qui n’a pas été authentifiée — et par la revendication de l’assassinat de James Foley », a déclaré le PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog.

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« James était un journaliste courageux, indépendant et impartial qui a été enlevé en novembre 2012 alors qu’il couvrait le conflit syrien. Les reportages qu’il a faits pour l’AFP et pour d’autres médias étaient reconnus et admirés par un large public. Rien ne pouvait justifier qu’on prive James de sa liberté ou qu’on le menace de mort. Nos pensées vont à sa famille en cette période douloureuse », a-t-il ajouté.

La dernière fois que James Foley a été vu libre, c’était dans un café Internet de Binnich, un village de la province syrienne d’Erbil, le 22 novembre 2012. Peu après, il était kidnappé sur la route de Taftanaz, une bourgade voisine ou des rebelles syriens assiégeaient une base aérienne militaire, avec le collègue britannique en compagnie duquel il voyageait.

Après des longs mois de silence et d’incertitude, les quatre otages français libérés des griffes de l’Etat islamique (EI) – Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torrès – donnaient les premières nouvelles du reporter américain indépendant de 40 ans qui travaillait pour le site Global Post et pour l’Agence France-Presse. Il était détenu, avec une douzaine d’autres otages occidentaux à Rakka, le principal bastion de l’EI en Syrie.

Mercredi, le mouvement djihadiste a publié une vidéo sur YouTube d’une violence insoutenable dans laquelle James Foley prononce un court discours avant d’être égorgé et décapité par un sicaire de l’EI tout de noir vêtu et masqué par une cagoule. La vidéo a, depuis, été retirée.

A genoux et en tenue orange, comme les détenus de Guantanamo, les mains liées dans le dos et le crâne rasé, James Foley déclare : « Je demande à mes amis, ma famille et ceux que j’aime de s’en prendre à mes vrais assassins, le gouvernement des Etats-Unis. » A côté de lui, un homme debout tient un couteau à la main. La scène se passe dans un lieu indéterminé, sur fond de désert.

« BAIN DE SANG »

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Visiblement contraint par ses ravisseurs, James Foley s’adresse à son frère :

« J’en appelle à mon frère John, qui est membre de l’armée de l’air américaine : réfléchis à ce que tu fais, réfléchis aux vies que tu détruis, dont celles de ta propre famille ! Je te demande, John : réfléchis à ceux qui ont décidé de bombarder l’Irak récemment et de tuer ces gens, quels qu’ils soient ! Réfléchis John, qui tuent-ils vraiment ? Ont-ils pensé à moi, à toi ou à notre famille quand ils ont décidé cela ? Je suis mort, John, le jour où tes collègues ont largué leurs bombes sur ces gens, ils ont signé mon certificat de décès. »

Puis l’homme en noir prend la parole en anglais. Il s’adresse au peuple américain et à Barack Obama, pointant son coutelas tantôt vers la caméra, tantôt vers James Foley :

« Aujourd’hui, votre force aérienne militaire a attaqué nos positions en Irak. Vos frappes ont causé des pertes parmi les musulmans. Vous ne combattez plus une insurrection : nous sommes une armée islamique et un Etat qui a été accepté par un grand nombre de musulmans dans le monde. (…) Donc, toute tentative de toi, Obama, de dénier le droit aux musulmans de vivre en sécurité sous leur califat aura pour conséquence un bain de sang de ton peuple. »

Après avoir tué James Foley, l’homme reprend la parole dans un anglais teinté d’accent britannique : « La vie de ce citoyen américain, Obama, dépend de ta prochaine décision. » Il empoigne par le col Steven Sotloff, vêtu de la même tenue orange. Pigiste pour Time, World Affairs et le Christian Science Monitor, Steven Sotloff a été kidnappé début août 2013 près d’Alep.

LE CAUCHEMAR RECOMMENCE

La Maison Blanche a indiqué que les services de renseignement américains cherchaient à vérifier « aussi rapidement que possible » l’authenticité de la vidéo, mais il fait peu de doute que James Foley a été exécuté. La vidéo ne manque pas de rappeler les sinistres mises en scène d’Abou Moussab Al-Zarkaoui, le « père spirituel » de l’Etat islamique, tué en 2006 dans un raid aérien américain. En 2004, pendant la guerre en Irak, ce dernier s’était rendu célèbre en tuant de ses propres mains l’entrepreneur américain Nicholas Berg.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont de retour en Irak et le cauchemar recommence. Lundi, Barack Obama, qui a ordonné des bombardements contre l’Etat islamique dans le nord de l’Irak pour protéger le Kurdistan autonome, les populations chrétiennes et yézidis de la menace de l’EI, a affirmé que son pays entendait « poursuivre une stratégie à long terme » de lutte contre les djihadistes. L’exécution de James Foley n’infléchira pas la décision de l’administration américaine, qui n’a jamais cherché à négocier pour récupérer les journalistes pris en otage en Syrie.

L’assassinat de Foley et la cruauté de sa mise en scène semblent indiquer que les raids américains en Irak ont porté des coups sévères à l’Etat islamique.

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Bon comme un citron bien rond !

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