Au cœur de Moscou, l’ambassade de Turquie ressemble à un champ de bataille avec ses vitres brisées à coups de pierres, sa façade maculée d’œufs et ces messages furieux accrochés par dizaines aux barrières de sécurité :
« Turquie complice des terroristes », « Turquie = Etat islamique »,
« Erdogan Laden ! »

Après la destruction, mardi 25 novembre, d’un avion bombardier russe SU-24 par des chasseurs turcs à la frontière turco-syrienne, les Russes ont laissé libre cours à leur ressentiment. Ici devant l'ambassade de Turquie à Moscou, le 25 novembre.
Après la destruction, mardi 25 novembre, d’un avion bombardier russe SU-24 par des chasseurs turcs à la frontière turco-syrienne, les Russes ont laissé libre cours à leur ressentiment.
Ici devant l’ambassade de Turquie à Moscou, le 25 novembre. 

Au lendemain de la destruction, mardi 25 novembre, d’un bombardier russe SU-24 par des avions de chasse turcs à la frontière turco-syrienne et de la mort de l’un des pilotes et d’un autre soldat russe lors de l’opération de sauvetage pour tenter de récupérer l’équipage de l’avion de combat, les Russes ont laissé libre cours à leur ressentiment. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant l’ambassade, sans que la police intervienne.
Et l’expression « coup dans le dos » s’est répandue partout.

Prononcés par Vladimir Poutine pour commenter l’incident aérien, le plus grave jamais survenu entre la Russie et un pays membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), ces quelques mots s’étalaient à l’ouverture du journal télévisé de la première chaîne russe, mercredi soir. Ils figurent sur toutes les pancartes, inondent les réseaux sociaux. Ils alimentent toutes les représailles, tandis que sur Internet se multiplient les appels au boycott des produits turcs.

Lire aussi : L’armée turque assure qu’elle ne connaissait pas la nationalité de l’appareil abattu

« La guerre contre les tomates turques ».

Dans la région d’Oulianovsk, à quelque 900 kilomètres à l’est de Moscou, le drapeau turc qui flottait sur une usine de bière a été arraché, traîné dans la boue, et remplacé par le drapeau russe et par un autre, avec l’emblème des parachutistes. Les douanes, elles, ont entrepris un contrôle « 100 % » des produits d’importation turcs.

La mesure, très vite appliquée, n’était jusqu’ici pas officielle. Elle l’est devenue, jeudi 26 novembre au matin, avec l’annonce par le ministère de l’agriculture de l’instauration d’inspections sur les produits agricoles et alimentaires en provenance de Turquie.

C’est l’arme préférée des autorités russes, qui l’utilisent quasi systématiquement dès que des tensions apparaissent avec un pays,
de l’Ukraine aux Etats-Unis, avec les contrôles sur les McDonald’s, beaucoup l’ont déjà expérimentée.

Cité dans un communiqué, le ministre de l’agriculture, Alexandre Tkatchev, a évoqué « des violations répétées des normes russes par les producteurs turcs ».
En cas d’embargo, a-t-il assuré à la télévision, la Russie pourrait se passer de leurs produits, « nous remplacerons les importations de légumes, surtout des tomates, par d’autres pays, l’Iran, le Maroc, Israël, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan ».

« La guerre contre les tomates turques », titrait jeudi le journal en ligne Gazeta.ru, qui rappelait qu’un quart des fruits et légumes en Russie sont d’origine turque.

Des réservations pour la Turquie annulées.

Les sanctions économiques prennent d’autres formes. Avancée pour des raisons« de sécurité » par le ministre des affaires étrangères,
Sergueï Lavrov, dans les heures qui ont suivi la destruction du SU-24, la menace de priver la Turquie de la manne que représente pour elle le tourisme a été mise à exécution.

Mercredi, l’un des plus grands tour-opérateurs russes, Pegas Touristik, a annulé d’un coup toutes ses réservations vendues pour la Turquie jusqu’au 29 décembre. Ses clients ont été invités à se reporter sur d’autres destinations. D’autres agences ont fait de même.

Or, l’attraction de la Turquie, qui fait partie des destinations privilégiées des Russes pour leurs vacances — quatre millions d’entre eux s’y rendent chaque année — s’était renforcée après l’annulation de tous les vols vers l’Egypte à la suite de l’attentat, le 31 octobre, contre un charter russe au-dessus du désert du Sinaï.

Désormais, même les clubs de football russes, dont les joueurs vont régulièrement s’entraîner en Turquie, s’y mettent.
Plusieurs d’entre eux, comme les clubs de Kouban Krasnodar ou d’Oufa se sont décommandés « en raison de la situation politique compliquée ».

 

Invoquant des risques « terroristes », le ministère des affaires étrangères russe a de son côté appelé les Russes actuellement en Turquie à rentrer.

« En raison de l’actuelle menace terroriste en Turquie, nous réitérons notre appel aux citoyens russes de renoncer à visiter la Turquie et nous recommandons à ceux qui se trouvent là-bas pour des raisons personnelles de rentrer dans leur patrie. »

 

La tension entre la Russie et la Turquie complique la lutte contre l’Etat islamique.

Captures d'écran de vidéos montrant le crash du SU-24 russe touché par deux F-16 turcs, le 24 novembre 2015.
Captures d’écran de vidéos montrant le crash du SU-24 russe touché par deux F-16 turcs, le 24 novembre 2015.

Ecrans radars contre écrans radars, chacun incrimine l’autre.
Moscou et Ankara se rejettent mutuellement la faute de la destruction d’un avion russe Soukhoï 24 (SU-24), abattu mardi 24 novembre par deux F-16 turcs, l’incident aérien le plus sérieux jamais intervenu entre la Russie et un membre de l’OTAN.
« Un coup porté dans notre dos par ceux qui soutiennent le terrorisme », s’est emporté le chef de l’Etat russe, Vladimir Poutine, tandis que le président turc, ­Recep Tayyip Erdogan, invoquait « le droit de la Turquie à défendre ses frontières ».

Les premières sanctions russes contre la Turquie visent les biens alimentaires et agricoles.

Le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a prévenu mercredi 25 novembre que Moscou allait « sérieusement réévaluer » les relations avec Ankara.

Deux jours après le crash d’un bombardier russe abattu par l’aviation turque, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a demandé, jeudi 26 novembre, à son gouvernement de préparer d’ici à deux jours une série de mesures de rétorsions économiques.
Ces mesures concerneront aussi bien le commerce que les investissements ainsi que l’emploi de main-d’œuvre, le tourisme, le transport aérien ou encore la sphère culturelle, a précisé le chef du gouvernement lors d’un conseil des ministres retransmis à la télévision.

  • Contrôle des produits agricoles et alimentaires

Ainsi, la Russie a décidé de renforcer ses contrôles sur les produits agricoles et alimentaires importés de Turquie.
La Turquie est un gros exportateur de fruits et légumes et un important fournisseur pour la Russie. Dans un communiqué, le ministre de l’agriculture, Alexandre Tkatchev, évoque des « violations répétées des normes russes par les producteurs turcs », qui pourraient concerner environ 15 % des produits agricoles importés du pays.

Il cite la présence de « substances interdites et nuisibles » ainsi que des doses excessives de pesticides ou de nitrates.

Le gouvernement a donc ordonné à l’agence chargée de la sécurité phytosanitaire Rosselkhoznadzor de renforcer ses contrôles sur les « produits agricoles et alimentaires » importés de Turquie et d’« organiser des vérifications supplémentaires à la frontière et sur les lieux de production en Turquie ».

  • Réévaluation des relations

Depuis des années, la Russie est régulièrement accusée de prendre des décisions sanitaires en fonction de ses positions géopolitiques, de la Géorgie à l’Ukraine.
Elle impose depuis l’été 2014 un embargo sur la plupart des produits alimentaires des pays occidentaux qui la sanctionnent pour son implication présumée dans la crise ukrainienne, ce qui affecte durement les agriculteurs européens.
Cette mesure doit être étendue au 1er janvier à l’Ukraine.

A la télévision mercredi, Alexandre Tkatchev avait par ailleurs assuré que la Russie pourrait s’approvisionner ailleurs en cas d’embargo sur les produits turcs.
« Nous remplacerons les importations de légumes, surtout des tomates, par d’autres pays : l’Iran, le Maroc, Israël, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan », a précisé le ministre.

Mercredi, le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov avait prévenu que Moscou allait « sérieusement réévaluer » ses relations avec Ankara. Dès lundi soir, Moscou avait déconseillé à ses concitoyens de se rendre en Turquie, destination touristique préférée des Russes.

  • Erdogan défend son engagement contre l’organisation EI

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a répondu jeudi aux accusations de complaisance avec les djihadistes lancées par Vladimir Poutine en affirmant que l’engagement de son pays contre le groupe Etat islamique (EI) était « incontesté ».

M. Erdogan a en outre ajouté défié la Russie de prouver que la Turquie achetait du pétrole à l’organisation EI, affirmant que « ceux qui nous accusent d’acheter du pétrole à Daech ont l’obligation de prouver leurs allégations ».
« Si non, vous êtes des calomniateurs »
, a lancé l’homme fort de la Turquie en réagissant pour la première fois aux mises en cause russes.

Le ministre des affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, a par ailleurs totalement exclu qu’Ankara présente ses excuses comme la Russie l’exigeait.

« Il n’y a pas de raison que la Turquie s’excuse pour une situation où elle a raison. Nous avons communiqué (à Moscou) notre tristesse quant à cet incident », a-t-il indiqué lors d’un déplacement dans la partie nord de l’île de Chypre.

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