S’il connait des difficultés en Syrie, surtout, « le groupe est plus résilient sur sa base d’origine, l’Irak », a nuancé la chercheuse.

Des militants de l'État islamique d'Irak et du Levant (ISIL) dans la province de Salaheddine, en Irak. De plus en plus d'habitants de régions contrôlés par Daech affirment leur déception.

Après ses fulgurantes percées en 2014 et au début de l’année 2015, les choses se gâtent pour Daech. L’organisation a perdu 40% du territoire conquis en Irak et 10% en Syrie par rapport à août 2014, selon l’armée américaine. Et la coalition aurait tué 2500 djihadistes au seul mois de décembre.Elle a aussi porté un autre coup aux finances du groupe en bombardant, lundi, une réserve d’argent liquide du groupe à Mossoul, dans le nord de l’Irak, selon un responsable américain. Encerclée, l’organisation connaîtrait donc des difficultés financières et perdrait ainsi de son attrait pour obtenir le soutien des populations sous son autorité.

« Les populations sont déçues ».

La promesse d’un rétablissement « des services de base, de la mise en place d’une justice sociale, n’a pas été tenue », a expliqué mardi la chercheuse Myriam Benraad (Iremam), auditionnée par une mission parlementaire sur les ‘moyens de Daech’.
« Les populations sont déçues, a-t-elle poursuivi. Loin du califat idéal, elles ont plutôt assisté à la mise en place d’un nouveau système mafieux »
.
Dans le même temps, la présence des combattants étrangers,  » est vécue par les populations comme une invasion coloniale« , a jugé la chercheuse.

 Photo d'un média djihadiste, Welayat Raqa, montrant des membres du groupe Etat islamique dans les rues de Raqqa, en Syrie, le 30 juin 2014

Dans une étude parue l’automne dernier, le Centre d’analyse du terrorisme (CAT), un think tank européen fondé en 2014, estimait qu’en raison de la baisse de ses revenus pétroliers, Daech avait « de plus en plus recours aux taxes forcées et aux extorsions de fonds ». L’EI ponctionne par exemple 50% du salaire des 60 000 fonctionnaires de la province de Ninive.

Résilience en Irak.

En Irak, les revenus de l’EI proviennent du pillage des banques lors de l’assaut sur Mossoul à l’été 2014, des impôts et rackets imposés aux populations, du pillage et du trafic d’antiquités —« qui a cours depuis l’intervention américaine en 2003 et se poursuit à l’échelle internationale dans la plus grande hypocrisie »–, de l’exploitation du pétrole, de l’agriculture qui assure une forme d’autosuffisance alimentaire, et enfin des dons extérieurs, « qui devraient augmenter à mesure des difficultés militaires du groupe ».

 « Il est très difficile d’identifier les acteurs de cette économie de contrebande, structurée autour d’une multitude d’acteurs, de réseaux, et d’une nébuleuse de sympathisants. Une telle économie politique, a souligné Myriam Benraad, est très résiliente ».  

En conséquence, une véritable sortie de crise, en Irak comme en Syrie, n’est possible que si l’on « mise sur des acteurs locaux, et les élites de ces deux pays. La solution n’est pas au niveau des acteurs régionaux, qui sont des pompiers pyromanes. », a souligné la chercheuse. Cette éventuelle résolution « passe par des accords, des trêves, des cessez-le-feu négociés entre les acteurs sur le terrain ». Sauf que « nous avons été incapables jusqu’à présent d’identifier des interlocuteurs » parmi les rebelles syriens, a déploré François Burgat, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la région également auditionné par l’Assemblée.

« L’écrasement militaire de Daech ne suffira pas, car il n’y a pas aujourd’hui de relève politique pour les sunnites« , a expliqué le chercheur, qui a mis en garde: « si on détruit Daech sans solution institutionnelle alternative, nous allons fabriquer quelque chose de pire encore ». 

L’Etat islamique en difficulté en Irak et en Syrie.

Les forces de sécurité irakiennes évacuent des civils alors qu'ils dégagent le quartier de Sufia près de Ramadi le 14 janvier 2016

Paris – Et si l’Etat islamique avait entamé son déclin’ L’organisation jihadiste est aujourd’hui en difficulté sur le terrain, en Irak comme en Syrie, où elle a déçu les populations sunnites et où la sortie de crise sera d’abord le fait des acteurs locaux, estiment des experts.

Les députés français ont entendu cette semaine des spécialistes reconnus du monde arabe, avec les premières auditions d’une Mission d’information parlementaire sur les « moyens de Daech » (acronyme de l’EI en arabe).

« Les bombardements ont incontestablement mis en difficulté le groupe », qui a subi ces derniers mois plusieurs défaites sur le terrain, a expliqué aux députés Myriam Benraad, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

 Surtout, « la promesse d’une restitution des services de base, de la mise en place d’une justice sociale, n’a pas été tenue », selon Mme Benraad. Les populations sont déçues. Loin du califat idéal, elles ont plutôt assisté à la mise en place d’un nouveau système mafieux ».

« L’EI est aujourd’hui significativement mis en difficulté sur le terrain en Syrie et en Irak, mais le groupe est plus résilient sur sa base d’origine, l’Irak. C’est là que se livrera la vraie bataille finale », a-t-elle souligné.

 

Le groupe jihadiste « a une antériorité irakienne qui remonte à l’embargo et à la mise en place de la contrebande de pétrole qui a été sa conséquence dans l’ouest irakien, avec une stratégie du régime de Saddam Hussein de déléguer ce trafic aux tribus locales », a rappelé Mme Benraad.

« Une territorialité économique s’est ainsi construite, consolidée autour du trafic de pétrole. (…) Cette économie politique s’organise aujourd’hui autour de plusieurs sources de revenus, différant en cela fondamentalement d’al-Qaïda ». 

Invasion coloniale.

Selon l’analyste, ces sources de revenus sont: le pillage des devises dans les banques lors de l’assaut sur Mossoul à l’été 2014, les impôts et rackets imposés aux populations, le pillage et le juteux trafic d’antiquités —« qui a cours depuis l’intervention américaine en 2003 et se poursuit à l’échelle internationale dans la plus grande hypocrisie »–, l’exploitation du pétrole, l’agriculture qui assure une forme d’auto-suffisance alimentaire, et enfin les dons extérieurs, « qui devraient augmenter à mesure des difficultés militaires du groupe ». 

« Il est très difficile d’identifier les acteurs de cette économie de contrebande, structurée autour d’une multitude d’acteurs, de réseaux, et d’une nébuleuse de sympathisants. Une telle économie politique est très résiliente », a souligné Mme Benraad.

Autre ressource de Daech, l’internet: « l’EI a un sentiment d’impunité totale sur les réseaux sociaux », bénéficiant de l’incompréhensible passivité des grandes compagnies du net, s’est étonnée cette spécialiste.

Sur les moyens humains, « l’avant-garde qui a fondé le projet de l’EI est fondamentalement irakienne. Et l’EI reste organisé autour de cette élite ». La résolution de la crise politique en Irak « reste donc centrale » pour affaiblir ou neutraliser Daesh.

Quant aux combattants étrangers, « leur présence est vécue par les populations comme une invasion coloniale », a jugé Mme Benraad.

L’EI est un « projet néo-colonial et impérial qui veut à tout prix supprimer toute référence aux Etats irakien et syrien », a-t-elle résumé.

Pompiers pyromanes.

Pour une véritable sortie de crise, en Irak comme en Syrie, « il faut d’abord miser sur des acteurs locaux, et les élites de ces deux pays. La solution n’est pas au niveau des acteurs régionaux, qui sont des pompiers pyromanes. Elle est en Irak et en Syrie même », a souligné Mme Benraad.

En Syrie notamment, « c’est une illusion complète de croire que la paix se fera à l’issue de négociations entre l’Arabie Saoudite et l’Iran », a-t-elle insisté. La sortie de crise est « au niveau local, et passe par des accords, des trêves, des cessez-le-feu négociés entre ces acteurs sur le terrain ». 

Pour autant, « nous avons été incapables jusqu’à présent d’identifier des interlocuteurs » parmi les rebelles syriens, a déploré François Burgat, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de la région.

« Nous avons voulu générer une opposition syrienne qui soit à notre image. Sous prétexte qu’ils n’étaient pas assez laïques, nous avons ignoré des islamistes qui raisonnaient pourtant dans un cadre national. Ce faisant, nous avons nourri les extrêmes », a-t-il pointé.  

« L’écrasement militaire de Daech ne suffira pas, car il n’y a pas aujourd’hui de relève politique pour les sunnites », a expliqué M. Burgat, qui a mis en garde: « si on détruit Daech sans solution institutionnelle alternative, nous allons fabriquer quelque chose de pire encore ». 

Bon comme un citron bien rond !

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