À écouter les débats présidentiels, en particulier dans le camp républicain, on aurait tendance à penser que c’est l’absence de leadership venant des États-Unis qui est responsable des déboires actuels face à un Moyen-Orient fragmenté, en colère et dysfonctionnel.

Qui a «perdu» le Moyen Orient ?

« Obama n’a pas de stratégie au Moyen-Orient », a dit Jeb Bush. Le président n’a «fait qu’empirer les choses dans l’esprit de beaucoup d’Américains », accuse Marco Rubio.

Ted Cruz, pour sa part, prétend que le chaos en Syrie et en Irak est le résultat direct de l’échec des politiques d’Obama.

Même Hillary Clinton, qui a toujours appuyé les politiques du président, l’a implicitement critiqué en disant que le but des Américains ne devrait pas être de dissuader ou de contenir l’État Islamique, mais de le vaincre. Elle a aussi plaidé en faveur d’une zone d’exclusion aérienne en Syrie, une option que le président Obama a rejetée.

Rien de tout cela ne devrait surprendre.

Après tout, nous sommes dans une année d’élection présidentielle, et il serait carrément anti-américain de ne pas blâmer ou critiquer quelqu’un.

Mais qui ou quoi est en fait responsable de la situation malheureuse et de la confusion au Moyen-Orient ?

Je propose quelques possibilités. Vous pouvez faire votre choix. Quant à moi, je parie sur la troisième possibilité, comme étant la véritable origine des problèmes actuels.

Première possibilité: Blâmer Barack Obama

Ayant hérité des deux plus longues guerres – et des moins profitables – de l’histoire américaine, le président était déterminé à sortir les USA de ces conflits et de ne pas les impliquer dans d’autres.

Ses choix n’étaient pas très bons.

l’Amérique n’est ni crainte, ni respectée, ni admirée dans une région où elle devrait l’être

  • En Irak, il s’est dirigé vers la sortie beaucoup trop tôt, a consenti aux politiques sectaires favorisant les chiites de l’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et a abandonné le champ, tant militairement que politiquement, laissant l’Irak à ses propres politiques dysfonctionnelles.
  • En Syrie, le président s’est montré frileux. Il a fixé des lignes rouges sur l’utilisation par Bachar al-Assad d’armes chimiques qu’il n’a pas appliquées. Il a permis à sa rhétorique («Assad doit partir») de dépasser sa capacité à la réaliser, il a sous-estimé la montée de l’ÉI, et il n’a pas répliqué de façon assez agressive sur le plan militaire.
  • En Libye, le président n’a pas donné suite à des efforts de huit mois pour se débarrasser de Mouammar Kadhafi avec un effort international qui aurait pu être mené par les États-Unis afin de stabiliser le pays.
  • Enfin, ses politiques lors du printemps arabe et de l’accord nucléaire avec l’Iran ont aliéné les alliés traditionnels des américains tels qu’Israël, l’Arabie Saoudite et l’Egypte, laissant les États-Unis sans les relations dont ils ont besoin afin de défendre leurs intérêts.

Alors qu’il commence la dernière année de sa présidence, l’Amérique n’est ni crainte, ni respectée, ni admirée dans une région où elle devrait l’être.

Deuxième possibilité: Blâmer George W. Bush

Le prédécesseur d’Obama a mis en place la situation que le président actuel doit gérer.

Bien que le président Obama ait mal joué sont rôle, Bush a grandement facilité la dysfonction du Moyen-Orient.

À tous égards, l’invasion de l’Irak était mal préparée. C’était une entreprise désastreuse et mal conçue.

L’invasion de l’Irak a ouvert la voie à une bonne partie de la crise que nous voyons en Irak et même en Syrie aujourd’hui.

Même si le but de la guerre pouvait paraître défendable (la prétendue possession par Saddam d’armes de destruction massive), l’objectif final (essayer de transformer l’Irak en un régime démocratique pro-occidental) ne pouvait pas l’être.

Nous avons envahi le pays avec une incompréhension déplorable de la dynamique sectaire entre sunnites et chiites

Nous avons envahi le pays avec des forces insuffisantes, une incompréhension déplorable de la dynamique sectaire entre sunnites et chiites, et des objectifs fantaisistes qui n’avaient aucune chance d’être atteints.

En fait, la véritable norme pour juger de la victoire n’était jamais si nous pouvions gagner, mais quand pourrions-nous partir.

Ce que nous avons laissé derrière, c’était le déclenchement d’une insurrection sunnite qui s’est transformée en État Islamique et une volonté d’accepter un pouvoir chiite exclusif qui allait rendre impossible une gouvernance fonctionnelle et une réconciliation entre chiites et sunnites.

Si l’aversion au risque de Barack Obama fait partie de la catastrophe actuelle, la volonté de prendre des risques de George W. Bush en fait aussi partie.

Troisième possibilité : Ce n’était pas à nous qu’il appartenait de «perdre» le Moyen-Orient.

C’est à leurs propres risques que les grandes puissances se mêlent des affaires des petites tribus comme nous en a averti l’historien libanais Kamal Salibi.

Le fait est que les néo-conservateurs et les interventionnistes libéraux ne sont que trop prêts à culpabiliser l’Amérique pour « avoir perdu » ici ou là – que ce soit en Ukraine,en Irak ou en Syrie – des pays où la responsabilité première de nos échecs et revers revient à leurs habitants et aux circonstances que nous ne pouvions pas contrôler.

Le problème fondamental du Moyen-Orient est l’absence de leadership et vouloir faire porter le blâme aux États-Unis, à la CIA, à Moscou ou à Israël

Malheureusement, cette réalité n’empêche pas l’Amérique de continuer à infantiliser les Arabes et leurs problèmes, en prenant pour acquis que l’Occident a toutes les réponses.

Le problème fondamental du Moyen-Orient est l’absence de leadership, d’institutions représentatives, de bonne gouvernance, d’égalité des sexes, de responsabilisation et surtout une volonté de la part des gens qui vivent dans le voisinage d’assumer la responsabilité de leurs dysfonctions et de cesser de faire porter le blâme aux États-Unis, à la CIA, à Moscou ou à Israël.

Bien sûr, nous faisons partie du problème, mais en aucun cas ne méritons-nous de porter la part du lion dans la responsabilité de tout ce qui a mal tourné.

La vérité est qu’aucune quantité de leadership américain ne peut stabiliser une région qui est en grande partie composée de tribus avec leurs drapeaux, leurs dirigeants profiteurs, leurs arabes et dirigeants musulmans qui refusent de délégitimer leurs propres extrémistes, et de grands espaces déserts mal gouvernés ou pas gouvernés du tout.

Cela signifie que vous pouvez cogner sur Obama et Bush tant que vous voulez – et sur le prochain président aussi si ça vous soulage, mais vous devez garder à l’esprit qu’il n’y a jamais de victoire permanente dans une région où les solutions à la plupart des problèmes sont entre les mains de la population locale.

Michael Jackson avait raison, si vous voulez faire des changements, commencez par vous regarder dans un miroir.

Tandis que les dirigeants américains doivent porter sur eux-mêmes un regard honnête, les dirigeants putatifs dans les pays arabes auraient dû depuis longtemps se livrer à un auto-examen beaucoup plus approfondi et critique, parce que s’ils le faisaient, ce qu’ils en concluraient c’est : « nous avons vu le problème, et le problème c’est nous ».

Aaron David Miller

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Bon comme un citron bien rond !

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