La frontière entre la Tunisie et la Libye, une poudrière stratégique.

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Le bilan très lourd – autour de quarante-cinq morts – des affrontements qui ont éclaté entre assaillants djihadistes et forces de l’ordre lundi 7 mars au cœur même de Ben Guerdane, ville tunisienne située à 25 km de la frontière avec la Libye, confirme l’extrême sensibilité stratégique de cette région située aux confins orientaux de la Tunisie.

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Dans une attaque sans précédent depuis que le pays a commencé à être frappé par le terrorisme après la révolution de 2011, des assauts coordonnés contre une caserne de l’armée tunisienne et le quartier général de la garde nationale ont mobilisé pendant plusieurs heures au moins une trentaine de djihadistes liés à l’organisation de l’Etat islamique (EI), selon des témoignages locaux.

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D’après un bilan diffusé en milieu de journée par les autorités tunisiennes, 28 de ces assaillants et 7 civils ont été tués. Du côté des forces de l’ordre, les ministères de l’intérieur et de la défense déplorent la mort de six gendarmes, de deux policiers, d’un douanier et d’un soldat. « On s’attendait à une attaque de ce type, indique Leïla Chettaoui, députée à l’Assemblée tunisienne et membre de la commission de la défense et de la sécurité. C’est le message que nous transmettaient les militaires. »

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Le baromètre des convulsions libyennes.

Ben Guerdane est la principale ville tunisienne frontalière avec la Libye. A ce titre, elle est le baromètre des convulsions affectant le pays voisin, plongé dans le chaos depuis l’éclatement de la guerre civile de l’été 2014. L’économie locale est principalement fondée sur le commerce de contrebande – essence et biens libyens subventionnés s’écoulant généreusement sur le marché tunisien.

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Ces dernières années, la frontière a aussi été traversée par des jeunes Tunisiens allant se former au djihad en Libye avant de revenir au pays fomenter des attentats. Ben Guerdane, plaque tournante du commerce informel et de réseaux terroristes : l’endroit a toujours été hautement volatil.

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Dans ce contexte, la flambée de violence de lundi est la conséquence indirecte de l’intensification de la pression militaire contre les bases de l’EI en Libye même. Le grand tournant a été le raid aérien américain lancé le 19 février dans une ferme à proximité de Sabratha, ville libyenne située à une centaine de kilomètres de la Tunisie. Une cinquantaine d’extrémistes, liés à l’EI selon les autorités de Tripoli, ont été tués dans la frappe. Une grande partie d’entre eux étaient de nationalité tunisienne.

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Dans les jours qui ont suivi, des affrontements ont éclaté entre des combattants de l’EI, qui avaient jusque-là opté localement pour un profil bas, et les milices de Sabratha liées à la coalition politico-militaire de Fajr Libya (Aube de la Libye), basée à Tripoli.

Libye : la guerre à hauteur d'homme

L’enracinement de l’EI

Les combats ont montré le degré d’enracinement de l’EI dans ces environs de Sabratha, une réalité que Fjar Libya, où les Frères musulmans exercent une forte influence, avait jusque-là officiellement sous-estimée.

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Quoi qu’il en soit, les bases discrètes de l’EI à Sabratha étant désormais sous pression, ses combattants ont dû se disperser ailleurs. Dès lors, l’inquiétude des autorités de Tunis était qu’ils viennent frapper en retour la frontière, un scénario qui s’est rapidement confirmé. Le 2 mars, un premier incident à El Aouija près de Ben Guerdane a fait cinq victimes parmi les djihadistes.

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Lundi matin, l’assaut contre des sièges des institutions sécuritaires de cette même ville de Ben Guerdane a pris une tout autre ampleur. Fait inédit, les assaillants ont sillonné au petit matin la cité en appelant la population à les soutenir, selon des témoignages locaux. « Ils disaient au mégaphone : “Nous sommes Daech [acronyme arabe de l’EI]. Ne paniquez pas.” » Ce même habitant rapporte que des officiers de sécurité, notamment ceux impliqués dans la lutte antiterroriste, ont été abattus à leur domicile.

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Etanchéité très relative.

La sécurisation de cette frontière tuniso-libyenne est une vieille affaire. Pendant très longtemps, elle s’est heurtée aux intérêts locaux vivant de la contrebande, une réalité sur laquelle Tunis fermait les yeux car cette économie parallèle amortissait les tensions sociales liées à un chômage élevé.

Le chaos libyen menace de virer à la guerre civile

Puis, les autorités tunisiennes ont fini par se raidir après la série d’attentats djihadistes en mars 2015 contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts) et en juin contre un hôtel près de Sousse (38 morts). Dans les deux cas, les auteurs des tueries avaient été formés à Sabratha en Libye, selon les enquêteurs tunisiens.

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A partir de l’été, l’armée tunisienne a entamé la construction le long de la frontière d’un « système d’obstacles » – selon l’euphémisme officiel –, formé d’une tranchée d’eau salée surmontée d’un mur de sable. Un premier segment de 200 km vient d’être achevé.

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Mais l’étanchéité de ce nouveau dispositif demeurera très relative tant qu’un système de surveillance électronique ne viendra pas le compléter. Allemands et Américains se sont engagés à fournir à la Tunisie leur assistance en la matière.

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Sécurisation inaboutie.

L’ampleur de l’attaque de lundi confirme à quel point cette sécurisation de la frontière demeure inaboutie. « Ces terroristes ne sont pas tous venus de Libye, nuance toutefois Mme Chettaoui. Il y avait aussi des cellules dormantes déjà installées à Ben Guerdane. »

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« Comment un nombre aussi élevé de terroristes a-t-il pu ainsi se retrouver au centre de Ben Guerdane alors que l’endroit est en principe hypersécurisé ?, s’interroge Hatem Ben Salem, le directeur de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), un cercle de réflexion liée à la présidence de la République. L’armée a bien réagi dans sa riposte, et cela est rassurant pour la Tunisie, mais peut regretter une défaillance initiale dans le renseignement ».

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Le partage du renseignement demeure l’un des domaines de coopération stratégique entre la Tunisie et ses partenaires occidentaux, au premier rang desquels les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni. Le sujet ne peut que gagner en acuité dans la perspective d’une offensive militaire occidentale déclarée contre les bases de l’EI en Libye.

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La campagne a déjà, de facto, commencé sous la forme d’une guerre secrète, en l’absence d’un gouvernement d’union nationale légalement institué. Les responsables tunisiens disent être sur leurs gardes. « Il faut dire les choses, insiste Mme Chettaoui. Il y aura d’autres attaques de ce genre, peut-être dans d’autres régions de Tunisie pour faire diversion. Les militaires s’attendent au pire. »

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L’heure est au décompte des morts, à l’interrogatoire des terroristes arrêtés (huit pour l’instant), aux mesures sécuritaires de première urgence (fermeture de la frontière avec la Libye, sécurisation des entrées de l’île de Djerba), aux réunions de haut niveau de l’appareil gouvernemental (le Premier ministre a réuni les ministres de la Défense et de l’Intérieur à 10 heures). Un communiqué commun, une quasi première, a indiqué dans la foulée que « 21 terroristes ont été tués et 6 arrêtés ». Un bilan revu à la hausse à la suite de la traque menée par les forces de l’ordre. Huit autres membres de ce commando ont été tués dans la matinée. Des djihadistes, dont on ne connaît pas le nombre, ont pris la fuite dans la région de Ben Guerdane. Les autorités ont demandé aux journalistes de ne pas divulguer d’informations sur d’autres opérations en cours. Même si l’on sait que les forces de l’ordre et l’armée ratissent la région pendant que les patrouilles aériennes se multiplient.

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5 h 10, début des attaques contre la police et l’armée.

À 559 kilomètres de Tunis par la route, cette ville a subi lundi matin une attaque planifiée, visant à mettre K.-O. l’appareil sécuritaire tout en semant le chaos parmi la population, jusque-là épargnée par les folies terroristes. Une attaque comme la Tunisie n’en avait jamais connu. Peu avant l’orée de l’aube, de petits groupes armés ont tenté d’assaillir les districts de police et de la garde nationale ainsi que la caserne militaire situés dans la ville de Ben Guerdane. Une opération kamikaze menée par des dizaines d’hommes armés, préparés. Ils connaissaient la ville, les adresses personnelles de certains membres des forces de l’ordre.

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Vingt-huit terroristes ont été abattus au cours de multiples fusillades. Six agents de la garde nationale, un militaire, un douanier et deux agents de police ont été tués par ce groupe armé dont on ne connaît ni l’identité ni la provenance. Sept civils ont perdu la vie. Ce bilan reste encore provisoire : il y a de nombreux blessés. L’hôpital a lancé un appel aux dons de sang. De nombreux citoyens se sont rendus sur place pour permettre au corps médical de soigner les survivants de cette attaque. Un second appel a été réitéré en début d’après-midi.

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Des civils exécutés, une première.

Des témoignages d’habitants démontrent que, désormais, les terroristes s’attaquent aux civils. C’est une nouvelle escalade dans le djihad mené sur le sol tunisien. Jusqu’à présent, tous les groupes terroristes (Aqmi, Daech, etc.) ciblaient l’appareil sécuritaire, afin de le casser, et les étrangers, afin que l’économie s’effondre. Les civils étaient épargnés pour, tactiquement, ne pas se mettre à dos l’opinion. Mais, le 12 octobre dernier, un jeune berger fut décapité par la katiba Oqba Ibn Nefâa. Il était accusé de « collaborer avec la police ». Afin de faire un exemple, cet adolescent de 16 ans a eu la tête tranchée, tête qui fut remise à son cousin âgé de 14 ans afin qu’il la ramène aux parents du berger. Sept Tunisiens ont été tués par ce groupe armé qui a fondu sur Ben Guerdane lundi matin. Désormais, ils sont une cible comme les autres. Preuve que la guerre est totale. Il n’y a aucune limite à la violence. « Avec ou contre nous » : voici leur credo.

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Autre constatation : des membres des forces de sécurité ont été visés à leur domicile, preuve de complicités locales. Combien de djihadistes sont de Ben Guerdane même ? L’enquête précisera l’ampleur de la gangrène. Le président de la République Béji Caïd Essebsi s’est rendu au centre de contrôle des opérations situé dans la base de La Ouina, derrière l’aéroport de Tunis-Carthage. Il est intervenu sur les ondes de Radio Tataouine, la station régionale. Il a enjoint aux habitants de demeurer chez eux, de respecter les consignes distillées par le ministère de l’Intérieur. Et a mis les autorités libyennes face à leurs responsabilités. Le couvre-feu commencera lundi soir à Ben Guerdane, de 19 heures jusqu’à 5 heures du matin.

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Ben Guerdane, le Wall Street des contrebandiers.

Si la situation a récemment changé, Ben Guerdane a longtemps été une vitrine du commerce informel. Profitant de l’effet d’aubaine créé par la crise en Libye, capos et barons de l’illicite ont prospéré grâce à la porosité des frontières. La construction en juillet-août dernier d’un mur accolé à un fossé a permis de compliquer la vie aux hors-la-loi. Du commerce d’essence aux produits alimentaires, du textile aux détergents, on pouvait tout acheter, tout commander (même des voitures) dans cette ville située à seulement 33 kilomètres de la frontière libyenne.

Une ruelle abritait des bureaux de change dignes du Far West. On pouvait y échanger des liasses de devises en toute illégalité. L’État a commencé à mettre de l’ordre dans ce marché parallèle, ce qui n’a rien d’une sinécure dans cette zone frontalière avec une Libye rongée par les guérillas entre milices, clans et tribus. Depuis lundi matin, Ben Guerdane est devenue une proie pour les djihadistes. Qui se sentent suffisamment puissants pour lancer un assaut de cette ampleur. Les opérations de ratissage se poursuivent à la recherche des tueurs qui se sont enfuis.

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