« Je m’occupais d’un chat ».

"Je m'occupais d'un chat" : en garde à vue, Reda Kriket aussi fort que Jawad

Face aux enquêteurs, l’homme soupçonné de piloter un projet d’attentat imminent en France livre un témoignage tiré par les cheveux. « Le citron » se l’est procuré.

FRANCE-ATTACKS-ARREST

Police officers stand guard outside a building during a raid in the Argenteuil neighbourhood northwest of Paris on March 24, 2016. French Interior Minister Bernard Cazeneuve said police had arrested a suspect in the Paris area today who was in « the advanced stages » of a plot to attack France.

Les interrogatoires de Reda Kriket, effectués depuis une semaine au sous-sol de l’immeuble ultra-sécurisé de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), seraient cocasses si le contexte n’était pas tragique. Face aux enquêteurs, l’homme arrêté le 24 mars à Argenteuil, etsoupçonné de préparer activement un attentat, a livré une série de justifications apparemment absurdes.

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Police officers and members of a mine-clearing team speak in a street during a raid in the Argenteuil neighbourhood northwest of Paris on March 24, 2016. French Interior Minister Bernard Cazeneuve said police had arrested a suspect in the Paris area today who was in « the advanced stages » of a plot to attack France.

Un vendeur de bibelots.

« Le Citron » a pris connaissance de dix de ces interrogatoires.
Kriket s’y présente comme un vendeur de « bibelots, de bijoux anciens » sur les marchés de Bruxelles. Il a reconnu avoir loué, à l’été 2015, l’appartement d’Argenteuil, dans lequel la police antiterroriste a retrouvé un arsenal qui constitue « à l’évidence les préparatifs d’une action terroriste imminente », aux yeux du procureur de la République, François Molins.

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« C’est un matériel de fou ce qu’il y avait dans cet appartement », concède aux enquêteurs le suspect de 34 ans, en référence à la bagatelle d’une quinzaine d’armes automatiques et de nombreux explosifs retrouvés. Mais il n’en serait que le gardien, affirme-t-il.

« On m’a donné de l’argent pour prendre l’appartement, pour une année de location. On m’a donné environ sept ou huit mille euros. »

« J’étais chargé de trouver un appartement et de le garder, et aussi de garder ce qui était à l’intérieur. »  

« Je dormais dans cet appartement même si cela me dégoûtait avec tout ce qu’il y avait dedans mais j’avais pas le choix car j’étais recherché par la police. »

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A picture taken on March 25, 2016 shows a building raided by the police during an operation in the Argenteuil neighbourhood northwest of Paris. French Interior Minister Bernard Cazeneuve said police had arrested a suspect in the Paris area today who was in « the advanced stages » of a plot to attack France.

Un mystérieux commanditaire.

Au bout de plusieurs séances de questions, Reda lâche d’autres informations. Il évoque un prétendu commanditaire de la livraison de l’arsenal planqué chez lui, dont il dit ignorer l’identité.

« Il ne parle pas bien le français, il est maghrébin, il est libyen, et sa kounia [nom de guerre] est Abou Badr […] C’est une personne d’un certain âge, plus âgée que moi, plus de 50 ans. […] Il m’a fait la rokia [l’exorcisme]. […] Il m’avait juste demandé de lui trouver un appartement pour gagner des bonnes actions […]. Je sais que quand les bidons et les produits chimiques sont arrivés, il passait dans l’appartement. »

Il jure que seul son commanditaire, Abou Badr donc, manipulait les produits chimiques retrouvés chez lui :bouteilles d’eau oxygénée, acétone, 105 g de TATP, deux bidons de 10 et 15 litres contenant de l’acide… « J’ai fait des recherches sur internet pour du matériel en verre de chimie, de laboratoire, des récipients, pour les acides, des recherches d’adresse », sur la requête de Badr.

« Abou Badr ne parlait de rien », assure Kriket. « Il me disait de ne pas poser de questions et comme il était d’un certain âge, je n’en posais pas. Il m’a demandé de changer les serrures […]. Cela ne se fait pas de poser des questions […]. Abou Badr avait un certain charisme et j’ai eu du mal à refuser. A la base, j’ai du mal à refuser. »

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« Aucun explosif n’est sorti de cet appartement ».

Toutefois, il finit par expliquer aux agents du renseignement que les produits explosifs l’effraient. « Depuis que je vois des trucs bizarres, les billes, etc. Ça pouvait faire des dégâts et être très grave… » Plus tard, il ajoute : « Je me suis dit que ce que faisait une personne allait trop loin, on est entraîné et n’ose pas dire ‘là on arrête’. » Son soi-disant revirement débute…

FRANCE-ATTACKS-ARREST

Police officers and members of a mine-clearing team take part in a police raid in the Argenteuil neighbourhood northwest of Paris on March 25, 2016. French Interior Minister Bernard Cazeneuve said police had arrested a suspect in the Paris area today who was in « the advanced stages » of a plot to attack France.

« J’ai tout fermé dans le coffre en attendant de savoir quoi faire. »

D’ailleurs, il maintient n’avoir aucun projet d’attentat. « Je suis sûr que rien, aucun explosif n’est sorti de cet appartement pour faire une action terroriste. Je n’ai rien à voir avec ce qu’il s’est passé à Bruxelles et à Paris. Rien n’est sorti de l’appartement, et rien n’est prévu selon moi. Rien n’est prévu. » Du terrorisme ? Que nenni. « La finalité pour moi, c’est le banditisme… »

France Terror Arrest

Police officers block a street in Argenteuil, northwest of Paris, late Thursday March 24, 2016 as security forces locked down the area during a major search, France’s interior minister said. Bernard Cazeneuve said there were no links « at this stage » between the plot and the attacks against Brussels this week or Paris in November.

« Il y avait des odeurs bizarres »

Confusément, Reda Kriket tente d’expliquer pourquoi il n’a pas bazardé cet arsenal après sa « révélation ». « J’ai laissé traîner. Avec ce qu’il s’est passé en France et en Belgique, j’ai laissé traîner et j’ai eu peur de me débarrasser des armes et des produits explosifs. J’ai plus rien touché. »

France Terror Arrest

Police officers block a street in Argenteuil, northwest of Paris, late Thursday March 24, 2016 as security forces locked down the area during a major search, France’s interior minister said. Bernard Cazeneuve said there were no links « at this stage » between the plot and the attacks against Brussels this week or Paris in November.

Il est vrai que son ADN est partout. « Je suis collé à cet appartement », ajoute-t-il, avant d’expliquer, que « les armes ne se jettent pas. J’ai essayé de jeter les produits liquides mais il y avait des odeurs bizarres ».

Reda Kriket : le terroriste présumé nie et accuse "Abu Badr"

Plusieurs jours après le début des interrogatoires, il confesse également que l’un de ses complices, Anis Bahri, arrêté la semaine dernière en Belgique, a lui aussi touché le matériel explosif.

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« Je me suis occupé d’un chat »

C’est loin d’être tout. Le 12 mars dernier, l’une de ses conversations téléphoniques est interceptée par la police. Reda Kriket y interroge son interlocuteur : « On ramène la guitare ? Tu as besoin de la guitare, toi ? » « Guitare » ? Face aux enquêteurs, il explique : « Je parle en codes de fou, je donne peu de détails au téléphone. » Avant de s’embarquer dans une explication visiblement peu crédible : « Quand je dis guitare, je veux dire que je dois dormir chez une personne qui m’a une fois montré une guitare. »

courtraiok

 

Kriket est-il parti en Syrie ? Les enquêteurs se posent la question. Il part au moins en Turquie en septembre 2014. Où il reste, supposément, jusqu’en janvier 2015. « Mon ex-compagne est turque », explique à la police l’homme visiblement porté sur la cause animale.

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« Je me suis occupé d’un chat trouvé sur place, et j’ai soigné mes dents. » 

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Cinq passeports et kalachnikovs.

Mais, non, « je n’ai pas combattu en Syrie, je n’ai pas le courage », argue Kriket. En tout état de cause, il déclare ne pas faire partie des soldats de l’Etat islamique. Tuer des gens, ce n’est pas son truc. Il préfère faire exploser des bâtiments.

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« Moi j’aime bien le modèle corse, ils font sauter des choses, des grandes maisons, mais ils ne tuent pas de gens. » 

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Quant aux cinq passeports volés retrouvés chez lui, « je les ai achetés à des clandos de Barbès qui vendent tout. On vend de tout à Barbès. » Il y avait aussi pile cinq kalachnikovs. « C’est vraiment un hasard », jure Kriket, qui se mure ensuite dans le silence.

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L’arsenal découvert dans la planque de Reda Kriket à Argenteuil montre « les préparatifs d’une action terroriste imminente » selon le procureur de Paris.

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Si aucune cible n’a été identifiée, l’arsenal retrouvé dans « l’appartement conspiratif » d’Argenteuil loué par le djihadiste présumé Reda Kriket a montré qu’une « action terroriste » en France était « imminente », a indiqué ce mercredi soir le procureur de la République François Molins.

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Interpellé le 24 mars à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Reda Kriket a été mis en examen ce mercredi, notamment pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « détention et transports de substances et produits incendiaires ou explosifs en vue de la préparation d’atteinte aux personnes par substance explosive ».

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Dans l’appartement d’Argenteuil perquisitionné le même jour, et que le suspect louait depuis l’été 2015 sous une fausse identité, c’est un « arsenal d’armes et d’explosifs d’une ampleur inédite » que les enquêteurs ont découvert, a indiqué le procureur. Un arsenal dont la nature « constituait à l’évidence les préparatifs d’une action terroriste imminente ».

« Le laboratoire moderne »

Ont ainsi été retrouvés :

  • « Trois bouteilles d’eau oxygénée, de l’acétone, un Tupperware contenant 105 g de TATP », mais aussi « deux bidons de 10 et 15 litres contenant de l’acide » ;
  • Un bécher, des thermomètres, des doseurs, une balance électronique, ainsi que des gants et des masques de protection ;
  • Des éléments électroniques : un détonateur, un sac contenant « des têtes de guirlandes électriques découpées pouvant servir de détonateurs », plusieurs cartons contenant « des milliers de billes d’acier » ;
  • Cinq passeports français volés, des téléphones neufs et des documents administratifs.
  • Dans un coffre-fort : « six fioles de glycérine acide, 1,3 kg d’explosifs industriel, cinq fusils d’assaut kalachnikov et leurs chargeurs, un pistolet mitrailleur d’origine croate », une bombe lacrymogène ainsi qu’un livre, « Le laboratoire moderne ».

« Si aucune cible précise n’a pu être identifiée, tout laisse penser que la découverte de cette cache a permis d’éviter une action d’une extrême violence, par un réseau terroriste prêt à passer à l’acte », a précisé François Molins.

Un suspect silencieux.

La tâche des enquêteurs est désormais « d’identifier, de localiser, d’interpeller les protagonistes » de ce projet d’attentat, a détaillé le procureur.

Mais Reda Kriket, au cours de sa garde à vue, « n’a fourni que très peu d’explications » :

« Il s’est contenté de soutenir qu’il n’était pas, je cite, ‘un terroriste‘. »

Il a tout au plus précisé qu’il avait loué l’appartement d’Argenteuil « à la demande d’un tiers », admis qu’il avait « lui-même acheté du matériel de chimie », et indiqué que les passeports avaient été achetés « pour les revendre ».

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Voyage en Syrie, braquages… ce que l’on sait de Reda Kriket

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En Syrie, comme Anis Bahri.

Reda Kriket et Anis Bahri, le Français interpellé dimanche aux Pays-Bas dans cette enquête à la demande des autorités françaises, sont par ailleurs tous les deux « soupçonnés » de s’être rendus en Syrie entre « fin 2014 et début 2015 », ajouté le procureur.

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Depuis leur retour, ils étaient suspectés « de faire des aller-retours entre la France, la Belgique et les Pays-Bas ».

Une photo d’Anis Bahri a été retrouvée sur Reda Kriket. En garde à vue, ce dernier a d’abord dit qu’il s’agissait d’une « ancienne connaissance » avant d’admettre qu’il l’avait « hébergé ».

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