La trêve vacille sous les coups du Front Al-Nosra et du régime Assad.

Des soldats du Front Al-Nosra près d'Alep, le 1er avril 2016.

Les violences repartent à la hausse en Syrie, après plus d’un mois de recul dans la foulée de la trêve décrétée le 27 février. L’intensification des hostilités, qui n’ont jamais cessé en dépit d’une réduction aussi notable qu’inattendue, est de mauvaise augure à quelques jours de la reprise des négociations inter-syriennes à Genève, programmée pour le 11 avril. Mardi 5 avril, un groupe rebelle salafiste, Ahrar Al-Sham, allié au front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaida, a détruit un chasseur-bombardier syrien dans le ciel d’Alep.

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Les comptes-rendus initiaux, évoquant un tir de missile sol-air, une arme longtemps réclamée par les insurgés et susceptible de priver le régime Assad de son hégémonie dans les airs, ont été démentis par le récit du pilote, fait prisonnier par Al-Nosra. Celui-ci a affirmé que son appareil avait été touché à plusieurs reprises avant qu’il s’éjecte, ce qui laisse supposer que l’avion a été abattu par une batterie anti-aérienne. C’est la deuxième fois en un mois qu’un avion syrien est détruit en vol par des tirs venus du sol.

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La zone où l’engin s’est écrasé, dans le sud d’Alep, est le théâtre de violents combats, susceptibles de faire voler en éclats l’accord de cessez-le-feu parrainé par les Etats-Unis et la Russie. Vendredi 1er avril, profitant de l’absence de frappes russes, une coalition rebelle conduite par le front Al-Nosra s’est emparée du secteur stratégique d’Al-Eis, un village qui surplombe l’autoroute Alep-Damas. Les affrontements ont causé plusieurs morts dans les rangs du Hezbollah et des Gardiens de la révolution, deux forces, l’une libanaise et l’autre iranienne, qui pallient le déficit de main d’œuvre de l’armée régulière syrienne.

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Les djihadistes avaient été chassés de la zone d’Al-Eis par les bombardements russes il y a quelques semaines. Leur retour en force a témoigné de la difficulté persistante des forces pro-gouvernementales à sécuriser les zones dont elles s’emparent.« L’armée du régime est toujours trop faible pour tenir le terrain, et notamment pour reprendre Alep ou toute autre zone d’importance, sans un soutien rapproché de l’aviation russe », estime l’analyste Hassan Hassan, spécialiste de l’insurrection djihadiste en Syrie. Le constat vaut aussi pour le Djebel Akrad, une zone en surplomb de la plaine côtière, où les rebelles ont repris ces derniers jours plusieurs villages dont ils avaient été précédemment délogés par les tirs des avions Sukhoï russes.

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L’accalmie érode l’emprise des djihadistes sur la société

Le retour au combat des insurgés constitue un succès pour Al-Nosra, d’un point de vue militaire mais aussi politique. Le groupe, classé terroriste par la communauté internationale, a été exclu à ce titre de l’accord de trêve. Il œuvre en coulisses, depuis son entrée en application, pour le torpiller. La reprise des manifestations anti-régime et le regain de mobilisation populaire, permis par la relative accalmie depuis un mois, érodent l’emprise des djihadistes sur la société. Dans la province d’Idlib (nord-ouest), qu’ils s’efforcent de transformer à petits pas en leur émirat, ils ont été expulsés de rassemblements pro-révolution qu’ils tentaient de briser.

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« Nosra a entamé à la mi-mars un processus de discussions destiné à convaincre les groupes d’opposition de reprendre le combat contre le régime, explique Charles Lister, analyste au Middle East Institute. Leur avancée au sud d’Alep représente une victoire dans ses efforts visant à saper le processus politique et à rétablir des conditions plus favorables à sa stratégie de long terme en Syrie. » L’élimination par les Américains, dimanche 3 avril, du porte-parole d’Al-Nosra, Abou Firas Al-Suri, un vétéran de la nébuleuse Al-Qaida, pourrait aussi avoir pressé le groupe de mettre un terme à la trêve.

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Mercredi 6 avril, des sources pro-régime annonçaient la reprise de la colline d’Al-Eis, à la faveur d’un pilonnage très intensif. La veille, l’armée syrienne avait promis une relance imminente de son offensive sur Alep, interrompue par l’entrée en vigueur de la trêve le 27 février. Même s’il a gelé depuis cette date l’essentiel de ses opérations terrestres, le régime Assad n’a jamais cessé de bombarder les zones rebelles. A la date du 25 mars, le Syrian Network for Human Rights avait comptabilisé 896 violations de la trêve, ayant fait 129 morts, l’immense majorité provenant de tirs du régime, soit d’avions, soit d’artillerie, soit de snipers. Un harcèlement continu qui a grandement contribué à saper la confiance des rebelles dans l’accord de cessez-le-feu.

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L’une des violations les plus flagrantes est survenue jeudi 31 mars, lorsque l’aviation syrienne a bombardé la ville de Deir As-Safir, dans la Ghouta, la banlieue est de Damas, tuant 33 personnes, dont 12 enfants. Les Nations unies accusent aussi Damas de ne pas tenir ses engagements humanitaires. Alors que le cessez-le-feu devait permettre d’acheminer de l’aide dans les dix-huit zones assiégées par des forces en présence, un rapport de l’ONU pointe qu’au moins six localités, toutes situées dans la Ghouta, ont été privées de ravitaillement par le gouvernement, prolongeant les souffrances de leurs 250 000 habitants.

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L’accord de cessez-le-feu en Syrie n’a jamais autant ressemblé à un bout de papier, vidé de toute réalité sur le terrain. La reprise des discussions de Genève, sous l’égide du médiateur des Nations unies Staffan de Mistura, promet d’être particulièrement compliquée.

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 Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)
Correspondant au Proche-Orient

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