« L’État islamique (EI) se trouve à trois ou quatre kilomètres de nous, derrière la montagne », explique Mahmoud Abdulmouine, qui vit à Aski Mossoul, dans le nord de l’Irak, avec sa femme et ses quatre enfants. Les premières positions de l’EI sont seulement à un jet de pierre de ce village, mais ses habitants doivent faire face à une nouvelle menace : le barrage.

Cet ouvrage, qui avait été occupé par les jihadistes en août 2014, pourrait réduire à néant une partie du pays, du moins si l’on en croit les avertissements envoyés par des responsables américains à leurs homologues irakiens. Le 28 février, l’ambassade des États-Unis à Bagdad publiait un communiqué avertissant que le barrage de Mossoul, le plus grand d’Irak, « fait face à un risque grave et sans précédent de défaillance catastrophique. »

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Une rupture de ce barrage hydroélectrique, qui permet l’irrigation des cultures et approvisionne en eau et en électricité des centaines de milliers d’Irakiens, créerait un véritable raz-de-marée au milieu du désert. Un tel désastre pourrait conduire à « de nombreuses pertes en vies humaines, des déplacements massifs de population et la destruction de la majorité des infrastructures » qui se trouvent sur le passage de la vague, selon l’ambassade. « Nous avons un ennemi face à nous et une mer profonde derrière nous. Nous sommes pris au piège », assène Mr Abdulmouine.

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Pour les habitants du village de Aski Mossoul, pris en étau entre le barrage et les jihadistes, les sentiments sont partagés entre craintes voilées et scepticisme assumé.
« Si le barrage représente vraiment une menace, le gouvernement kurde prendra rapidement des mesures pour nous sauver et nous donnera le feu vert pour évacuer. Les forces de sécurité sont entre nous et le barrage. Si nous coulons, ils coulent avec nous. Je ne pense pas que leurs citoyens n’aient aucune valeur pour eux », estime Khalil Mahmoud Salh, qui est né à Aski Mossoul il y a 54 ans.
« Notre gouvernement (à Bagdad) nous noie sous la corruption, pas avec de l’eau. Il n’y a aucun problème avec le barrage », assure ce père de sept enfants.

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« La vie de millions de personnes… »

À vingt kilomètres de là, quelques canards pataugent dans le petit bassin du barrage de Mossoul, bercés par le clapotis de l’eau et une brise automnale. Si ce n’est le bruit assourdissant des énormes foreuses qui percent le sol jour et nuit, la scène pourrait presque être idyllique.

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Selon certaines estimations, Mossoul et son million d’habitants pourraient être instantanément inondés par un tsunami de 21 mètres de haut si le barrage venait à rompre. Les autres villes qui longent le Tigre, comme Tikrit, Samarra et Bagdad, pourraient être touchées moins de 72h après la rupture du barrage. « Il y a une énorme quantité d’eau derrière ce barrage. Si quelque chose arrive, s’il y a une catastrophe, la vie de millions de personnes sera en jeu », assure le colonel peshmerga Adnan Osman Saleh.

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En 2007 déjà, le corps des ingénieurs de l’armée américaine avait qualifié le barrage de Mossoul d’ouvrage « le plus dangereux au monde ». À présent, les États-Unis craignent que 500 000 à 1,47 million d’Irakiens résidant le long du fleuve ne puissent survivre à l’impact de la vague s’ils n’évacuent pas la zone.

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Diplomates américains et irakiens se sont réunis le mercredi 9 mars à New York pour discuter de la possible rupture du barrage. Samantha Power, l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, a rappelé que tous les États membres de l’Onu seraient prêts à aider l’Irak à faire face à ce qu’elle a décrit comme « une catastrophe humanitaire aux proportions épiques. »

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Le consensus parmi les groupes d’experts est que la structure du barrage de Mossoul a été bien construite et n’est pas la cause des préoccupations. Le problème réside dans les profondeurs. Le barrage a été bâti sur un sol composé de gypse, d’anhydrite et de calcaire, des roches solubles dans l’eau, créant ainsi des trous béants dans les fondations. Dès l’achèvement du barrage en 1984, l’Irak a cherché à combler les cavités qui se développaient sous la structure.

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« Nous injectons du ciment en continu. Nous nous répartissons en trois équipes : une le matin, une deuxième le soir et une troisième la nuit », explique Azim Ibrahim. Ce technicien, qui travaille au barrage depuis 2001, admet à demi-mot qu’une rupture du barrage est « possible. » « Le danger aujourd’hui, c’est l’érosion », insiste-t-il.
Le 2 mars, l’entreprise italienne Trevi a signé un contrat d’une valeur totale de 273 millions d’euros avec le gouvernement central pour assurer l’entretien et la sécurité du barrage de Mossoul. En plus des 450 techniciens et membres du personnel de la compagnie Trevi, 450 soldats italiens seront déployés en Irak pour protéger le site.

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Nuisettes en satin et jihadistes.

Malgré l’arrivée prochaine de près d’un millier d’Italiens, les responsables militaires kurdes, qui sont en charge de la sécurité du barrage, demeurent confiants et estiment qu’il ne représente pas une menace existentielle. « S’il y avait le moindre danger, nous ne serions pas ici en ce moment même », prévient le général-major Bahjat Taymes.

Selon l’officier peshmerga, 2 000 combattants kurdes sont actuellement stationnés à l’intérieur de la zone qui sera inondée en cas de rupture du barrage. Pour le général Taymes, la véritable menace n’est pas la fondation instable mais les extrémistes qui se trouvent à moins de 20 kilomètres. « Si ce barrage tombe en de mauvaises mains, cela pourrait être très dangereux », affirme-t-il.

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Alors que le coucher du soleil orne l’horizon d’une auréole ensanglantée, des lumières commencent à scintiller de l’autre côté de la tranchée creusée par les peshmergas. Dans un bâtiment qu’elle partage avec une vache, Saba s’active encore dans son magasin à quelques minutes de l’appel à la prière. Parfums bon marché, lingerie fine et robes colorées s’entassent sur les étagères pleines de cette petite boutique située en bordure de Aski Mossoul, non loin du fleuve Tigre, qui ouvre la voie vers le califat autoproclamé.

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Pour cette mère de famille et commerçante, les roquettes qui se sont écrasées dans le village il y a trois jours représentent une menace bien plus pressante qu’un barrage qui pourrait, ou non, un jour s’effondrer. « Ce n’est pas vrai, le barrage ne va pas exploser », assure Saba. Et si le pire devait arriver, elle a prévu de se réfugier avec sa famille au sommet de la montagne qui fait de l’ombre au village. « Il y a assez de place pour tout le monde. Si le barrage fuit, nous serons en sécurité », estime-t-elle.

Crime de guerre en direct sur Instagram

Pour Saba, la vraie menace réside de l’autre côté de la colline. Un territoire où ses nuisettes en satin sont une denrée rare. « L’EI est bien plus dangereux que le barrage. Les jihadistes tuent et coupent des mains. Ils jettent les gens en prison et leur tirent une balle dans la tête. L’eau n’est pas un problème, ça ne nous fait pas peur, insiste-t-elle. Ce que nous craignons, c’est l’État islamique. »

Wilson Fache OLJ

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