Un entretien avec Frédéric Saint Clair sur la permanence de la stratégie de la violence à l’extrême gauche et chez certains syndicats.

Pourquoi ce culte de la violence à l'extrême gauche ?

Depuis quelques jours, les raffineries sont bloquées partout en France sous la pression des syndicats, avec la bienveillance et les encouragements de toute la gauche de la gauche. Avant cela, ce sont plusieurs grandes villes, notamment Rennes, qui ont été la cible de casseurs d’extrême gauche, ces black blocs animés par la haine du flic et du bourgeois. Pour mieux comprendre le phénomène, Contrepoints a interrogé Frédéric Saint Clair. Frédéric Saint Clair est mathématicien et économiste de formation. Il a été chargé de mission auprès du Premier ministre Dominique de Villepin pour la communication politique (2005-2007). Il est aujourd’hui consultant en stratégie et communication politiques.raffinerie

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L’actualité de la gauche radicale, c’est le blocage des raffineries, qui prend en otage les citoyens et met en danger l’économie déjà chancelante du pays. Cette culture de la violence imprègne-t-elle toute l’extrême gauche français ? Quelle en est l’origine ?

Il est, me semble-t-il, effectivement possible d’englober sous un même vocable – gauche radicale – des centrales syndicales du type CGT et des partis de gauche du type FG, PCF, etc., voire des fractions du PS ou d’EELV, qui disposent d’une vision politique relativement commune, fondée sur la lutte sociale : manifestations, grèves, blocages, violences.

Aucune partie de l’extrême gauche n’est épargnée par cette culture de la violence. Ces mouvements ont ceci d’étonnant qu’il leur semble naturel de faire coïncider, dans leur discours, action violente et revendication démocratique, comme si leur parole et leurs actes représentaient ceux du peuple. Cette position est d’ailleurs très fréquente parmi les populismes, de gauche comme de droite.

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L’origine idéologique de l’extrême gauche telle que nous la connaissons prend, en théorie, sa source dans les écrits de Marx et Engels, même si ils n’ont la paternité ni du concept de socialisme ni du concept de classe, ni même de celui de lutte des classes.

La dialectique marxiste néanmoins, héritée de Hegel, étend à l’ensemble du champ social le principe d’un progrès par antagonismes réciproques, et légitime ainsi l’idée d’un conflit perpétuel. La gauche radicale est incapable de se défaire de cette obsession violente, quand bien même, ainsi que vous le soulignez, elle conduirait à ruiner l’économie du pays.

Comment peut-on expliquer la complaisance de la gauche de gouvernement pour les agissements de l’extrême gauche ? S’agit-il simplement d’un calcul électoral, ou alors un complexe vis-à-vis d’un courant qui se présente comme plus pur et plus juste que ses versions modérées ?

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Les deux. On pourrait ajouter une troisième raison qui est celle d’une sympathie de jeunesse qui touche bon nombre de responsables politiques passés par les rangs du capitalisme . Il est à noter qu’Eduard Bernstein, qui a été le premier critique sérieux de la doxa marxiste après la mort d’Engels, ouvrant la voie à la social-démocratie allemande, ou bien Jean Jaurès, qui a opéré un mouvement similaire en France, ont été des penseurs d’envergure.

Il est assez incompréhensible que des responsables politiques de gauche continuent de cultiver un sentiment de complaisance vis-à-vis des théories radicales comme si elles disposaient de vertus particulières ignorées de ces penseurs. Les ruptures du tournant du XXème siècle au sein de la doctrine socialiste n’étaient pas cosmétiques. Elles mériteraient d’être repensées.

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Le fait qu’une poignée de syndicalistes radicalisés puisse prendre en otage l’ensemble du pays renvoie à un modèle social et économique français malade. Comment faire pour réformer ?

Les « syndicalistes radicalisés » que vous mentionnez ne peuvent agir ainsi que parce que le politique est faible. Et dans une démocratie d’opinion, deux raisons peuvent expliquer une telle faiblesse : le défaut de légitimité des représentants et le soutien de ladite opinion à ces actions de blocage intempestif. La première raison est assez régulièrement évoquée ; j’aimerais m’arrêter un instant sur la seconde. Car il me semble que nous sous-estimons aujourd’hui l’importance de la sympathie que génère ce type de comportement antisystème auprès de l’opinion publique.

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Non pas que les Français se réjouissent des conséquences négatives de ces actions sur l’économie, mais la détestation du principe libéral, notamment sous sa forme économique, atteint de tels niveaux dans notre pays que, bien souvent, elle suffit pour permettre au plus grand nombre de consentir. Une fraction assez large des Français considère, me semble-t-il, les mouvements sociaux de tous ordres comme un mal nécessaire afin de s’opposer à un capitalisme sauvage qui opprimerait toujours davantage le pauvre au profit du riche. Étant donné la complexité de notre système économique mondialisé, on comprend l’urgente nécessité d’éduquer les consciences de manière à briser certains mythes.

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La France, pays des blocages.

La France, pays des blocages

La France est championne du monde des blocages et contestations de toute sorte. La principale cause ? Ses syndicats.

Preuve que la contestation sociale et les conflits du travail paralysent l’activité économique, la France est championne du nombre de jours de grève au sein d’un ensemble de 16 pays avancés, selon les calculs de la fondation allemande Hans Böckler, avec 139 jours de travail perdus pour faits de grève dans le secteur privé sur 1000 actifs sur la période 2005-2012. L’Allemagne est loin derrière avec 16 jours de grève sur 1000 actifs, quand le Royaume-Uni est à 23, l’Autriche à 2 et la Suisse à 1, sur la période 2005-2013 (voir graphique). Cela cause évidemment des effets négatifs sur la productivité et la rentabilité des entreprises, et empêche un dialogue social sain et productif entre les partenaires sociaux.


Les syndicats de salariés sont la principale force de blocage.

Les syndicats de salariés sont les principaux responsables de cette situation. Ils constituent l’une des principales forces de la résistance au changement en entraînant un maximum de salariés dans la confrontation sociale lorsque les réformes ne se conforment pas à leur idéologie. Toutes les réformes du marché du travail engagées par les gouvernements successifs dans les trente dernières années ont entraîné les oppositions musclées des principales forces syndicales « représentatives » par le biais de nombreuses manifestations, grèves et actions politiques. Pourtant, la France se distingue par le plus bas taux de syndicalisation en Europe (à l’exception de l’Estonie) et un des plus bas taux au sein des pays de l’OCDE : il était de 7,7 % en France en 2013, contre 16,2 % en Suisse, 18,1 % en Allemagne, 25,8 % au Royaume-Uni, et entre 50 et 70 % dans tous les pays nordiques (voir graphique).


Le financement des syndicats doit reposer sur les cotisations.

En France,cette sous-représentativité des salariés français est d’autant plus inquiétante, anormale, voire malsaine que ces syndicats qui ne représentent pas grand-chose ont tout pouvoir sur les négociations sociales qu’ils négocient pour l’ensemble des salariés et souvent malgré l’avis de ces derniers. Au surplus, le financement de l’activité syndicale souffre d’une immense opacité qui a été notamment remise en cause par le rapport Perruchot. Selon ce rapport, le nombre de salariés syndiqués a été divisé par 4 tandis que les ressources financières ont été multipliées par 20 depuis une soixantaine d’années.

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De plus, même si les évaluations sont approximatives et sujettes à caution, le financement des syndicats repose principalement sur les contributions des entreprises et des employeurs (environ 90 %), sur les subventions de l’État et des collectivités territoriales (4 à 5 %), sur des dotations versées par des administrations comme l’Unedic, les caisses de Sécurité sociale ou sur les fonds récupérés au titre de la formation professionnelle (2 %). Les entreprises contribuent également beaucoup par le biais de mise à disposition de locaux. Mais les cotisations des membres ne représenteraient que 3 à 4 % du total ! Il n’est pas étonnant qu’avec un niveau aussi faible de cotisations, les syndicats ne cherchent pas à attirer de nouveaux membres et qu’ils défendent avant tout les intérêts de leur propre organisation et d’une minorité d’activistes plutôt que les intérêts de long terme des salariés dans leur ensemble.

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Pour faire accepter les réformes, il faut sortir du centralisme à la française.

Pour mettre fin à cette situation insupportable de blocage et de refus de la modernisation nous proposons deux réformes à engager successivement :

1) Pour faire en sorte que les syndicats redeviennent une force de proposition et de réforme, plutôt que d’opposition et de blocage, il faut revenir à un syndicalisme d’adhésion et accroître le taux de syndicalisation. Il est urgent de supprimer les subventions de l’État et des collectivités aux syndicats, ainsi que les dotations au titre du paritarisme, de supprimer le monopole de la représentativité syndicale, et d’imposer la transparence des ressources en imposant la publication des comptes consolidés des organisations syndicales. Ainsi, les syndicats devront chercher à accroître le taux de syndiqués et commencer à défendre leurs intérêts plutôt qu’une idéologie dépassée.

2) Pour que les réformes soient mieux acceptées par la population, et que le marché du travail puisse s’adapter aux réalités économiques locales et sectorielles, il faut que l’État substitue le centralisme et la législation nationale au dialogue social avec les syndicats au niveau des entreprises, et accessoirement seulement au niveau des branches professionnelles et interprofessionnelles. Il faut que la loi ne définisse que les principes généraux du droit du travail, et laisse aux partenaires de l’entreprise le soin de négocier les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité, le niveau des salaires, la durée du travail… Mais cette réforme ne saurait être envisagée avant d’avoir d’abord profondément réformé le financement des syndicats, en le faisant reposer bien davantage sur les cotisations plutôt que sur la subvention publique et le financement par les entreprises.

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La régression néo-féodaliste de la France.

Deux siècles après la révolution française, la république est gangrenée par un néo-féodalisme qui la détruit de l’intérieur.

« Dans les journaux de partout, tous les salauds ont leur photo. Ça fait mal aux honnêtes gens et rire les malhonnêtes gens », fredonnait Jacques Brel dans les années 1950. De nos jours, un tel propos passerait pour moralisateur, populiste, voire d’extrême-droite.

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Pourtant, il suffit de regarder autour de soi. Les exemples d’anomalies abondent. La très médiatisée Nuit debout ? Après une dure journée de travail, le commun des mortels préfère nuit couchée ! Autre exemple, l’un des terroristes impliqué dans les attentats de Paris et Bruxelles était apparu dans un documentaire suédois sur l’intégration réussie. La presse de droite n’ose pas toujours investiguer, de peur de passer pour fasciste. Le logement pas cher de Taubira ? C’est Marianne qui enquête et se fait traiter de populiste. Les contrats miraculeux qui boosteraient la carrière de la femme de Valls ? C’est le Nouvel Obs qui creuse la question et personne n’en entend parler.

Corruption à tous les étages

hollande roi fainéant rené le honzecOn songe aussi au scandale récent des permis de conduire frauduleusement délivrés par des agents de préfecture à des « people ». En fait, la corruption touche toutes les strates de la société : il y a quelques années déjà, un reportage en caméra cachée montrait des pompiers impliqués dans un trafic de triche sur l’examen du précieux viatique. Pendant ce temps, les grands de ce monde ne se montrent guère exemplaires : Hollande recase Ayrault comme ministre des Affaires étrangères, Dilma Rousseff redonne un poste à Lula et Hillary Clinton vient de déclarer que, si elle était élue présidente, elle octroierait un poste à Bill.
Des élites au-dessus des lois ?

La France a connu son apogée de développement démocratique, d’essor économique et d’épanouissement républicain dans les années 1980. On pouvait rire de tout, la violence politique s’était tarie, les ghettos étaient résorbés, la nation était souveraine. On se moquait des Italiens un peu filous, avec leur travail au noir et leurs Fiat qui déboîtaient pour doubler au mépris des lignes continues.

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Le règne de la loi.

Las, nous ne savions pas alors qu’avait été atteint le faîte de notre gloire. Deux siècles après la Révolution, se trouvaient accomplis les idéaux de prospérité et la devise originelle « Liberté, égalité » (la fraternité est une greffe postérieure). 1789 voulait mettre un terme aux lettres de cachet, à l’arbitraire, au deux poids deux mesures. Les devises qui ornent alors les gravures monétaires, les frontispices des monuments, ou l’iconographie du temps, illustre le diptyque Liberté-égalité : « règne de la loi », « la loi est la même pour tous », « les hommes sont égaux devant la loi ». Sur le bâtiment du département américain de la Justice figure cet aphorisme «when law ends tyranny begins ». Avec une légère variante, c’est la phrase de John Locke « là où la loi s’arrête commence la tyrannie ». Le pays du libéralisme sacralise les fonctions régaliennes de la loi et confère à l’empire de celles-ci toutes ses prérogatives.

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Cet édifice, dont la loi est la clef-de-voûte, fut parachevé, en ce qui concerne la France, au seuil des années 1980. Mais déjà quatre facteurs se conjuguaient pour brader cette méritocratie républicaine : immigration massive, fonctionnarisme débridé, obsessions européistes et lubies gauchistes. S’ensuit une régression néo-féodaliste caractérisée par : inflation normative conjuguée au renoncement à faire appliquer la loi dans certains cas ; dérogations, exemptions, clientélisme et favoritisme pour promouvoir des catégories de citoyens surprotégés ; économie parallèle tolérée comme soupape ; paradis artificiels mollement combattus ; retour de la pratique du bakchich ; perte de confiance en la pérennité des solidarités inter-générationnelles et des garanties sociales ; système D destiné à pallier les carences d’un État impotent, tatillon à mauvais escient mais veule dès qu’il s’agit de défendre son autorité.

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