Quel est le point commun entre la victoire surprise de Donald Trump aux Etats-Unis, et celle, non moins inattendue, de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre en France ? Ces deux hommes, que pas grand-chose ne rapproche, ni le parcours, le tempérament ou le programme, ont une commune admiration pour Vladimir Poutine, le président russe.

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Aux Etats-Unis, le « facteur russe » a pesé sur la campagne électorale, lorsque l’administration Obama a accusé Moscou de vouloir influencer l’issue du scrutin en hackant les mails du Parti démocrate et ceux d’Hillary Clinton. Ce qui n’a pas empêché Donald Trump de continuer à dire tout le bien qu’il pense de Vladimir Poutine, et de promettre qu’une fois élu, il fera un « deal » avec le président russe, alors que les relations actuelles entre les Etats-Unis et la Russie sont exécrables.

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Chine, Russie, Mexique… L’imprévisible politique étrangère de Trump

En France, la question russe a peu été évoquée pendant la campagne du premier tour de la primaire des Républicains, mais on peut s’attendre à ce qu’elle resurgisse dans celle du deuxième tour, car il s’agit d’une des vraies différences de fond entre François Fillon et Alain Juppé. A la différence de Donald Trump, François Fillon connaît personnellement Poutine, et ses déclarations très favorables au président russe, y compris sur ses méthodes en Syrie, sont basées sur une réelle connaissance de l’homme et de ce qu’il incarne.

Primaire à droite : ce que contient le programme très conservateur de François Fillon

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L’émergence d' »hommes forts »

La situation française est d’autant plus paradoxale que si François Fillon devait l’emporter chez les Républicains, le second tour de l’élection présidentielle de mai 2017 pourrait alors opposer deux candidats ouvertement amis du Kremlin : Marine Le Pen et l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Un tel duel assurerait à Vladimir Poutine une « victoire« , et donc une capacité d’influence, quel que soit le gagnant.

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Comment expliquer cet étonnant retournement de situation où le maître du Kremlin, que l’on décrivait comme isolé il y a peu, pourrait se retrouver en 2017 avec des « amis » au pouvoir dans deux des principales capitales occidentales, Washington et Paris ? C’est assurément un des signes d’un changement politique majeur du monde, non pas tant en faveur de la Russie que d’une vague conservatrice, souvent populiste, qui favorise l’émergence d’« hommes forts » dont Poutine est depuis des années l’incarnation.

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Chez Donald Trump, cette « poutinophilie » est récente, et, si elle a un temps été attribuée à son premier directeur de campagne, un opérateur politique longtemps actif en Ukraine dans le camp pro-russe, elle est devenue pour le candidat républicain une manière de critiquer la faiblesse diplomatique d’Obama, et donc d’Hillary Clinton. Cette admiration a été payée en retour par une véritable campagne en sa faveur des médias de propagande du pouvoir russe –RT, Spoutnik…- qui ont connu une véritable montée en puissance ces dernières années.

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« Poutine n’est pas mon meilleur ami », dit Trump. Ce n’est pas faute d’avoir essayé

Une fois élu, le milliardaire ne change pas de cap : son choix pour le poste clé de Conseiller national à la sécurité à la Maison Blanche s’est porté sur le général à la retraite Michael Flynn, un officier supérieur controversé qui dînait à la même table que Vladimir Poutine il y a moins d’un an à Moscou, et a été payé pour participer à un événement du média officiel russe RT.

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Virage diplomatique à 180 dégrés.

En France, l’amitié entre François Fillon et Vladimir Poutine est plus ancienne et remonte à la période où les deux hommes étaient tous deux Premiers ministres, le premier pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, et le second pendant que son homme-lige Dimitri Medvedev gardait la présidence russe pour lui avant de la lui rendre en 2012. Sarkozy, lui, avait eu un mauvais contact initial avec Poutine, et avait cru trouver en Medvedev un interlocuteur de poids pour le contourner.

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Fillon et Poutine se connaissent bien – ils se sont rencontrés une bonne quinzaine de fois – et s’apprécient, même en privé. Au point que, comme le racontait « l’Express » en 2014, lorsque François Fillon a perdu sa mère, Vladimir Poutine lui a envoyé une bouteille de vin du millésime 1931, l’année de sa naissance, pour consoler son ami français…

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Mais c’est évidemment en termes politiques que la question de cette relation se pose. Et en particulier la politique extérieure russe (re)devenue particulièrement activiste depuis la crise ukrainienne de 2014-2015, puis de l’intervention russe en Syrie depuis un peu plus d’un an. Alors que François Hollande refusait il y a peu de recevoir Vladimir Poutine à Paris en raison de son comportement en Syrie, une victoire de François Fillon représenterait un virage diplomatique à 180 degrés.

François Fillon a été cinq fois ministre, dans les gouvernements Balladur, Juppé et Raffarin, avant de devenir Premier ministre d'une longévité record, dépassée uniquement par Georges Pompidou.

Le « Damas-Express »

François Fillon a été rejoint début 2016, alors que sa candidature en vue de l’élection de 2017 semblait vouée à l’échec, par le jusque-là très sarkozyste Thierry Mariani, qui se trouve être le plus « poutinophile » des hommes politiques français. Le chef de file de la Droite populaire, courant de l’aile souverainiste des Républicains, est allé jusqu’à cautionner l’annexion de la Crimée par la Russie, et est un habitué du « Damas-Express », ces voyages d’élus français pour aller voir Bachar el-Assad, le président syrien, considéré comme un pestiféré par la diplomatie française. Lors de son ralliement à François Fillon, en février 2016,  expliquait :

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« En politique étrangère, il est le plus constant et le plus régulier dans ses choix, notamment sur la Russie. »

Ces propos se retrouvent dans les déclarations de François Fillon sur l’action de la Russie en Syrie : dans une interview à « Valeurs actuelles », en novembre 2015, il déclarait qu’il fallait « se féliciter que la Russie soit intervenue en Syrie ».

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Et, dernièrement, au moment où Moscou est particulièrement critiquée pour les bombardements massifs visant la partie d’Alep encore tenue par les rebelles, l’ancien Premier ministre a souligné sur France Inter qu’« en Syrie, Poutine a fait preuve d’un pragmatisme froid mais efficace ». Il a également récusé l’emploi du mot « massacre » à propos des bombardements par la Russie et le régime de Damas des hôpitaux et convois humanitaires à Alep.

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« Le Pen s’habille en Pravda »

Cette bienveillance vis-à-vis du maître du Kremlin se retrouve plus à droite encore, et en particulier au Front national, qui ne fait pas mystère des financements qu’il trouve auprès des banques russes. Dans son livre récent, « la France russe » (Fayard), consacrée aux « réseaux Poutine en France », le journaliste Nicolas Hénin consacre un chapitre entier – titré « Le Pen s’habille en Pravda » – aux relations entre la mouvance d’extrême droite et la Russie de Poutine.

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Cette fascination, explique Nicolas Hénin, s’appuie « sur une vision très bonapartiste du pouvoir, l’image d’un homme providentiel chère au fascisme et illustrée par l’hagiographie “Vladimir Bonaparte Poutine” que signe Yannick Jaffré, président du Collectif Racine, qui se plaît à établir des parallèles entre la décadence provoquée par la Révolution française et celle provoquée par la chute du Mur. »

S’y ajoute l’idée d’un Poutine qui « prendrait la tête d’un bloc nationaliste européen à l’identité judéo-chrétienne », rempart contre l’islam.

En 2011, Marine Le Pen, citée par Nicolas Hénin, pouvait déclarer qu’elle était « peut-être la seule en France qui défend la Russie », et un ancien correspondant de la « Pravda » en France publiait un livre intitulé « Marine Le Pen, pourquoi la Russie en a besoin »…

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Rééquilibrage du monde.

En 2016, divine surprise, c’est un poids lourd plus « mainstream », François Fillon, qui parvient au premier rang tout en maintenant un affichage pro-russe.

Au-delà de la dimension de politique intérieure, cette russophilie – ou « poutinophilie », mais sans doute est-ce la même chose dans la période actuelle – en vogue chez Trump comme chez Fillon et Le Pen est lourde de conséquences géopolitiques.

Poutine, Xi et… Trump : les nouveaux maîtres du monde

Une vision positive serait d’y voir la chance d’apaiser les relations internationales tendues et de combattre le terrorisme avec un large front ; la réalité plus froide est un rééquilibrage du monde au profit de régimes autoritaires qui s’assoient sur les droits de la personne comme le montre l’évolution intérieure en Russie. Bienvenue en 2017, dans le monde selon Vladimir Poutine.

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